Mohamed Slim Ben Othmane
Mohamed Slim Ben Othmane

[Interview Exclusive] : Mohamed Slim Ben Othmane en toute franchise

Mohamed Slim Ben OthmaneAgé de 27 ans et fils de l’ancienne gloire clubiste Slim Ben Othmane, notre interlocuteur cette fois-ci est un globetrotteur du football tunisien qui avec toute sa spontanéité et sa franchise nous a ouvert son cœur pour nous parler de sa passion et son parcours dans le monde du football professionnel. C’est avec une grande gentillesse que Mohamed Slim Ben Othmane nous a accordé cette interview sans filtre et sans chichi pour révéler pour la première fois certains épisodes de son expérience depuis la Tunisie jusqu’à la Bulgarie où il exerce son métier dans le club du FC Lokomotiv Gorna. Nous vous laissons découvrir cet Athlète et le plaisir que nous avons eu à l’interviewer.

 

J’étais pratiquement banni de l’équipe

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
J’ai commencé comme tout le monde, j’étais un grand fada de football, mon père est un ancien international. J’ai commencé ma formation à l’AS Ariana qui était proche de la maison puisque je voulais continuer en parallèle mes études. A l’âge de 16 ans ma mère a eu une opportunité en Belgique, je l’ai suivi et j’ai joué pour le Royal White Star pendant un an en U17. Ils voulaient me garder et me prolonger mais je ne me suis pas trop bien adapté à la Belgique et j’avais de la nostalgie pour la Tunisie et mes potes. Ils voulaient à tout prix que je reste en me promettant un contrat pro mais j’ai fait le choix de rentrer à 17 ans et aussi je voulais passer mon Bac. Lors de mon retour je suis revenu à l’Ariana pour jouer avec l’équipe première. J’ai eu mon Bac avec mention et j’ai signé un contrat pro avec l’AS Ariana. Je jouais avec les différentes catégories jeunes de l’Équipe Nationale. C’était une bonne année notamment en équipe nationale en tant que titulaire avec Mondher Kbaïer. Je commençais à être connu, j’avais des contacts avec l’ES Sahel et le Club Africain ainsi qu’avec le Stade Tunisien. Par le biais de connaissances de mon père, Ferid Ben Belgacem l’entraineur de l’époque, m’avait proposé de voir l’ambiance avec eux. C’était en Janvier 2009 et comme ça s’est bien passé le Stade Tunisien a voulu m’engager en se mettant d’accord avec l’ASA. J’ai signé un contrat de 5 ans avec le ST de Mohammed Derouiche que je respecte beaucoup. J’étais encore jeune et naïf et sans arrière-pensée, très loin des problèmes qui peuvent exister dans le monde du football. Avec le temps j’avais compris beaucoup de choses, pas forcément très agréables et à mon dépens. Deux mois après, Ben Belgacem a été remercié. Cette année-là, le ST avait acheté beaucoup de joueurs. Ils ont dû vendre Korbi, Boulaabi, etc…Certains membres du club avaient même insinué que Ben Belgacem faisait du commerce avec les joueurs dont moi, bref, l’ambiance était délétère et une certaine jalousie s’est installée qui m’a beaucoup desservi. J’étais payé environ 1000 dinars alors que d’autres jeunes étaient autour de 300 dinars ce qui a provoqué une mise à l’écart incompréhensible. J’étais pratiquement banni de l’équipe, identifié comme le poulain de Ben Belgacem, et on m’a mis avec les espoirs. Certaines personnes me reprochaient même l’excellent match de mon père il y a deux décennies de cela face au Stade Tunisien qui leur a couté le titre de champion. En fin de saison Patrick Liewig est engagé et pour le stage de préparation de début de saison on a été convoqués pour la préparation physique, je me sentais vraiment très bien et en fin de stage on a joué un match où je pense avoir bien joué. Dès que la préparation de présaison a démarré je ne faisais pas partie des plans de Liewig et j’ai été rétrogradé avec les espoirs, et même l’entraineur des espoirs ne me calculait pas. J’avais un sentiment de reproche permanent et à force j’ai dû faire le strict nécessaire en devenant nonchalant. En fin de saison, après une année blanche, la dernière semaine, j’en avais marre, je suis alors parti discuter avec Patrick Liewig pour lui expliquer ma situation et comprendre ce qu’il me reproche. Stupeur, là il me dit qu’à son arrivé on lui a donné la liste des joueurs dont je ne faisais pas partie et qu’il ne me connaissait pas tant que ça. Comme il ne faisait pas vraiment confiance au staff tunisien il a appelé le préparateur physique Guillaume Denis, avec qui je travaille encore aujourd’hui, pour s’enquérir de mes performances. Et là il lui dit que je suis très bien athlétiquement et sur le plan technique mais qu’il ne comprenait pas pourquoi je ne jouais pas. Liewig décide alors de me mettre avec le groupe pour cette dernière semaine. Je comprends que je vais pouvoir revenir et me projeter sur la nouvelle saison. Mais j’ai vite déchanté quand j’ai compris que le pouvoir de décision n’était pas dans ces mains. Il me disait que j’allais finir par joueur mais je ne le croyais plus. A cette époque Chokri Khatoui, qui m’a lancé à l’AS Ariana et qui fait de l’excellent travail me voulait avec lui à Msaken. J’ai insisté pour le rejoindre après avoir longuement hésité d’aller jouer en Ligue 2 mais j’avais besoin de prouver à moi-même que la galère que je vie au Stade Tunisien n’est pas liée à l’aspect sportif. J’ai bien joué avec Msaken même si sur le plan comptable on n’a pas été récompensé à la hauteur du travail ou du jeu produit surtout dans un des pires stades du championnat. La saison suivante le Stade Tunisien nomme Nabil Kouki comme entraineur, il m’aurait suivi à Msaken et je reviens au Stade Tunisien à la fin du prêt. Malheureusement je trainais une blessure de fin de saison et je ne fais pas la préparation physique ce qui me pénalise mais Kouki me dit compter sur moi pour la suite sans que cela se concrétise réellement, bien qu’ayant été sur le banc les 7 premiers matchs de la saison pour la première fois avec le ST. Du jour au lendemain, il est reparti au CSS. Les dirigeants du Stade Tunisien m’informent qu’ils veulent rompre mon contrat ce que je ne refuse pas. Je me retrouve sans club le 14 janvier 2012. La galère que j’ai vécu au Stade Tunisien, d’autres l’ont vécu aussi comme Ferjani Sassi par exemple. Cette gestion du club est probablement en partie la raison de leur situation aujourd’hui.

Je démarre par un ¼ de finale de coupe contre le Skakhtar Donetsk

Je retrouve rapidement un point de chute à Al Ahly Qatari. Nous nous sommes mis d’accord sur l’ensemble des conditions et le contrat, j’ai été logé dans un 5* de luxe mais on attendait la confirmation de la fédération puisque je devais remplacer un jeune joueur blessé de moins de 21 ans suite à des limites dans le nombre d’étrangers. Ils ont fait trainer pour m’annoncer à la fin que la fédération a refusé. A cette époque Achraf Khalfaoui, qui était déjà en Ukraine, avec qui je joue à l’Urban Foot et notamment d’autres joueurs comme Tarak Taïeb pour tenir la forme me propose de le rejoindre. Il arrive à convaincre son club de me tester via un CD de mauvaise qualité que j’avais de la période de Msaken et je pars là-bas pour démarrer une première aventure européenne. Je démarre par un ¼ de finale de coupe contre le Skakhtar Donetsk, et je termine avec Metalurh Zaporizhiya les cinq derniers matchs pour jouer la montée. Je marque un doublé dans le dernier match qui permet au Club d’accéder à la D1. La saison d’après je fais de bons matchs jusqu’à la trêve notamment contre les gros clubs ukrainiens : Dynamo Kiev, Shakhtar Donetsk, Dnipropetrovsk même si le club ne fait pas de bon résultats et de retour en Ukraine on apprend que l’entraineur a été remplacé par son adjoint. Celui-ci me dit que je ne fais pas partie de ses plans ce qui a pour conséquence de limiter mon temps de jeu. Et vu la situation du club je me projette de partir puisque je suis en fin de contrat et les impayés de salaires n’encourageaient pas à rester. Je commence alors à travailler avec Alexandre Moulehi qui devient mon agent dans l’objectif de rejoindre un championnat plus médiatisé en ayant dans ma ligne de mire la sélection nationale. En effet, suite aux matchs avec les gros, j’ai eu le plaisir d’être contacté par Sami Trabelsi, le sélectionneur de l’époque.

CSS…ce club est géré comme un club de quartier

Lors du mercato estival 2013, j’ai été ensuite contacté par le CSS, champion en titre, et qui se prépare à joueur la coupe d’Afrique. Plusieurs personnes m’ont incité à les rejoindre en me disant que c’est une équipe qui joue bien au foot. Ruud Krol me disait compter sur moi mais finalement ils ne m’ont pas inscrit dans la liste des joueurs pour la CL Africaine, ils m’ont dit que c’était trop tard. Mon expérience au CSS est un traumatisme, ce club est géré comme un club de quartier, rien de ce qui a été convenu n’a été fait. Le chèque de la prime de signature est revenu impayé, l’appartement qu’ils devaient me trouver je ne l’ai pas vu, j’habitais dans l’hôtel du centre comme un gamin venu d’Afrique et par-dessus tout, Ruud Krol qui se prépare à la coupe d’Afrique privilégie le même groupe qui enchaine championnat avec la coupe d’Afrique et donc je ne faisais pas partie de ce groupe malgré les promesses. Je montais trois fois par semaine à Tunis tellement c’était chaotique, pratiquement seul au centre de mon équipe. J’ai donc vite décidé de quitter ce traquenard sans aucune piste à l’horizon. Il me semble que Habib Belaïd et Anis Hajri ont vécu ce même désagrément avec ce club. C’est probablement ce qui passe aussi actuellement entre Bilel Mohsni et l’ESS.
Je résilie donc mon contrat en octobre 2013 et au bout de quelques mois, en janvier 2014, je pars faire un test à Angers. J’habite quelques jours chez Khaled Ayari et le test est concluant, je suis pris.

Mohamed Slim Ben Othmane
Mohamed Slim Ben Othmane avec Angers

Mon premier match avec Angers était contre le leader Metz, je marque mon premier but et on fait un match nul 2-2. Je démarre en fanfare en enchainant cinq très bons matchs qui ont marqué les supporters malheureusement je me blesse face à Rennes en ½ finale de coupe de France et pour l’anecdote Khaled Ayari se blesse aussi à la même minute. La saison était finie pour moi. L’année suivante je rate le début de saison et je reviens au mois de novembre contre Clermont-Ferrand où on gagne 3-0 puis j’enchaine contre Valencienne où on perd 1-0 et le coach Stéphane Moulin me fait porter le but sur une touche perdue. Il me remplace quelques minutes après. Je ne joue pas les deux matchs après mais je rentre face à Troyes où on perd 3-0. Et bis répétita le coach me fait sauter deux matchs estimant que mon entrée n’a pas inversé la tendance, même pas sur la feuille jusqu’à la trêve. Je reviens face à Nancy, début 2015, où on gagne 3-1. J’enchaine 5 matchs et après j’alterne. L’effectif d’Angers était bien garni notamment des joueurs de même profil que moi. Donc quand un joueur se blesse, c’était un problème de moins à gérer pour le coach. On finit la saison en montant en Ligue 1 et là le coach m’informe qu’il ne comptera pas sur moi. Angers recrute plusieurs joueurs pour se préparer à la Ligue 1 et doit donc dégraisser sa masse salariale. Tous les gens du club ont été corrects et gentils avec moi, nous nous mettons d’accord pour un départ même si j’avais encore un an de contrat et ils me libèrent avant la fin du mercato pour pouvoir rejoindre un autre club en tant que joueur libre, même après la clôture du mercato. Je me fâche alors avec mon agent Alexandre à qui j’ai reproché un manque d’investissement parce que à 25 ans et une montée en Ligue 1 c’était possible de rebondir en Ligue 2. Même les pistes que j’avais avec d’autres clubs de Ligue 2 française ont été faites par Angers. Je cherche un club jusqu’à ce que j’atterrisse en D2 Portugaise en Février 2016 avec Leixões après cinq mois d’inactivité.
Au Portugal, je marque un but lors de mon premier match mais surtout lors du dernier match qui permet au club de se maintenir. J’ai été très apprécié par le public portugais et ils voulaient me prolonger mais le club a même dû communiquer pour me souhaiter une bonne suite et préciser qu’ils ne peuvent pas suivre financièrement. Je gagnais 3000 euros alors que les autres joueurs tournaient autour de 1000 euros. Je n’étais pas parti là-bas pour l’argent mais surtout pour maintenir la forme et pouvoir rebondir si possible en D1. Je vivais sur le pécule de départ d’Angers.
Walid Bouchenafa mon agent actuel, que je recommande à tous les joueurs, et qui fait vraiment un excellent travail en toute transparence et honnêteté, m’a contacté pour me proposer deux clubs bulgares. J’ai été réticent et je comprends aujourd’hui que c’était de bons clubs. A l’époque je lui disais que plusieurs agents m’appellent et que j’avais besoin de concret. Mais j’avais des à priori sur les clubs bulgares d’autant plus que j’avais une piste avec le Red Star qui me voulait mais avait besoin de se rassurer sur mon état de santé. J’imagine qu’ils se sont dit que j’avais très bien démarré avec Angers mais qu’après la blessure je n’aurais pas bien confirmé. J’ai donc fait un test avec eux sur tous les plans et physiquement j’étais arrivé troisième de l’effectif. Tous les voyants étaient aux verts pour signer mais faute à pas de chance, un joueur me blesse en reculant lors d’un entrainement. Le médecin m’a dit que ça devait être une petite entorse et qu’un repos de deux ou trois jours ça suffit. Comme ça ne se calmait pas j’ai fait des examens pour me rendre compte que c’était une inflammation du tendon d’Achille. Ça a refroidit le Red Star surtout avec le délai du mercato. J’ai par la suite été contacté par l’EST (C’est un scoop) et j’ai rencontré le président Hamdi Meddeb dans l’objectif de les rejoindre. Mais l’EST a fait signer Moncer, Zaabia, Badri et Ben Mohammed, du coup ça ne s’est pas fait. Walid m’a proposé de nouveau un club bulgare le Lokomotiv Gorna et j’ai accepté parce que in fine c’est un bon championnat.

La France … reste un crève-cœur avec le goût d’inachevé

Comment vous vous êtes senti après avoir rejoué presqu’un match complet face au FK Vereya depuis Mai 2016 ?
Vous ne pouvez pas imaginer la satisfaction ou le plaisir qu’on tire d’un match de compétition. Il y a des gens qui s’épanouissent dans leur travail et moi je m’épanouis vraiment dans les matchs officiels. Je suis un compétiteur et rejouer me procure un immense bonheur.

Après avoir joué en Ukraine il y a quelques années vous découvrez le football Bulgare, y a-t-il des similitudes ?
Effectivement, il y a beaucoup de similitudes entre les deux pays et de façon générale le football de l’Europe de l’Est. C’est un football très athlétique basé sur le physique, l’implication et la vitesse. Je trouve que moi-même j’ai progressé sur cet aspect et intègre désormais cette culture de jeu dans ma palette.

Quels sont les objectifs du club ? Et vos objectifs personnels ?
L’objectif du club est de se positionner au plus haut du tableau. Le championnat est dans un système de Play Off / Play Out. L’idée c’est d’être si possible dans les 6 premiers même si ça va être compliqué et même si on passe en Play Off, il faudra être parmi les premiers pour éviter la relégation. Il ne faut pas oublier que c’est un promu mais qu’on n’est qu’à 6 points du 7e.
Le club a mal démarré avec sa politique de joueurs locaux exclusifs en engrangeant 2 points en 8 matchs. Depuis il a limogé l’entraineur et recruté des étrangers ce qui a permis de gagner beaucoup plus de points.

Concernant mes objectifs, j’aimerais revenir au Portugal en D1 ou en France qui reste un crève-cœur avec le goût d’inachevé, l’idée c’est de faire une bonne performance ici en Bulgarie, d’enchainer les matchs d’avoir de bonnes statistiques. J’aimerais faire une saison à plus de 20 matchs. J’ai envie d’aider ce club à grandir et de le pérenniser en première division.

Comment se fait l’adaptation en Bulgarie et particulièrement avec la nourriture ou la langue ?
Elle se passe très bien, certainement du fait que j’ai déjà eu une expérience en Ukraine. Je savais à quoi m’attendre. Il y a quelques bons restaurants dans la ville mais globalement ça se passe bien. Avec l’arrivée de plusieurs étrangers et surtout francophones ça se passe vraiment très bien.

Vous avez joué dans plusieurs pays, où avez-vous pris le plus de plaisir et pourquoi ?
Sur le plan de la qualité de vie, je dirais le Portugal. J’ai beaucoup apprécié la vie à Porto, c’est vraiment un pays magnifique où il fait bon vivre. Sur le plan sportif, c’est en France que j’ai pris le plus de plaisir. La qualité du football, des infrastructures, la médiatisation, tout est professionnel.

Pourquoi avoir privilégié un parcours de globetrotteur à une carrière en Tunisie ?
Je dirais c’est par la force des choses. Ce n’est pas un choix délibéré mais un concours de circonstance et ce sont des expériences très enrichissantes où j’ai beaucoup appris.

Envisagez-vous de revenir jouer en Tunisie un jour ?
Certainement. Bien sûr que je reviendrais jouer en Tunisie, je ne sais pas quand mais c’est une possibilité. Certaines personnes du fait qu’ils ne m’ont pas vu jouer en Tunisie pensent que je suis binational, mais je suis un pur produit tunisien, j’y suis resté jusqu’à l’âge de 21 ans.

Avez-vous des pistes pour le Mercato d’hiver ?
Non rien de concret, je ne cherche pas particulièrement à partir j’ai envie d’enchainer ici avec mon club surtout que ça se passe bien actuellement. Après j’étudierais toute opportunité qui se présentera à moi mais je ne suis pas dans une logique de départ immédiat.

Recommanderiez-vous à des jeunes joueurs tunisiens de partir en Europe de l’Est et Pourquoi ?

Mohamed Slim Ben Othmane
Mohamed Slim Ben Othmane au Lokomotiv Gorna

Sans aucune hésitation. Il y a un écart important entre la Tunisie et l’Europe de l’Est. Quand on voit par exemple les terrains c’est sans aucune commune mesure ou la médiatisation, ici les matchs sont diffusés en HD alors qu’en Tunisie on doit se rapprocher de la Télé pour bien voire. Ça me fait mal au cœur de voir que les matchs sont en Streaming ou qu’il y a très peu de public au stade. C’est vraiment terrible de voir que le calendrier est pratiquement fait à la semaine. On a l’impression qu’on n’a pas évolué depuis 2007 alors qu’on est en 2016. En Europe de l’Est l’infrastructure est excellente, le football est professionnel au vrai sens du terme. Ils ont tout à gagner en venant ici. Et puis les clubs européens vont toujours privilégier des joueurs qui ont déjà joué en Europe. Il y a moins de temps d’adaptation que les africains ou asiatiques.

Qu’est-ce qui vous a manqué à Angers pour évoluer à un plus haut niveau ?
Je dirais en premier lieu la confiance du coach et avec le recul je me dis que le système de Stéphane Moulin de 4 2 3 1 ne permettait pas de tirer au mieux profit de mes capacités. Les premiers matchs avec Angers, nous jouions en 4 4 2 ce qui me convenait parfaitement, avec une liberté de création. La deuxième saison, nous sommes passés en 4 2 3 1 et je jouais ailier gauche alors que je suis bien plus efficace en 10 ou à droite en rentrant sur mon pied gauche. Et puis après je trouve que je n’ai pas toujours bien réagi aux remarques du coach. Des fois je n’arrivais pas à les dépasser et rebondir rapidement ça prenait un peu de temps par ce que ça m’affectait et me mettait le doute. Malgré ça j’ai réussi à faire une douzaine de matchs et contribuer à la montée en Ligue 1 même si je ne suis pas complètement satisfait de ma saison.

Peut-on parler d’échec avec Angers, si oui, quelles sont les raisons ?
Je ne dirais pas ça, je dirais plutôt mi-figue mi-raisin. Je suis quelqu’un qui fonctionne à l’affect, j’ai besoin d’être aimé et qu’on me témoigne de la confiance. J’en garde un très bon souvenir avec une montée et une ½ finale de coupe de France qui m’ont permis de grandir en tant que joueur et m’ont révélé mes points forts sur lesquels je m’appuie aujourd’hui.

Êtes-vous encore en contact avec Khaled Ayari ?
Oui tout à fait. J’étais hier soir encore avec lui au téléphone, on parle souvent. On a vécu pas mal de choses ensemble en Tunisie et à Angers. C’est un de mes meilleurs potes avec Sofiène Moussa.

…en tant qu’étranger, on est sensé amener plus de valeur ajoutée que les locaux

Quelles sont les raisons principales, selon vous, de l’échec des joueurs tunisiens dans les championnats européens ?
A mon avis la première raison est la formation en Tunisie qui est très incomplète et de mauvaise qualité sur pratiquement tous les niveaux. La deuxième raison est le confort, le confort du joueur qui vient en Europe avec le statut de Star de son club et qui déchante rapidement d’abord parce qu’avec sa formation il met du temps à s’adapter et puis par son état d’esprit il ne donne pas satisfaction rapidement. Or les clubs ont besoin d’un retour sur investissement rapidement, si au bout de trois mois tu ne donnes pas satisfaction c’est mort pour toi. D’autant plus qu’en tant qu’étranger, on est sensé amener plus de valeur ajoutée que les locaux, on doit être meilleurs que les autres. C’est pareil en Tunisie, quand un club recrute un africain il s’attend à ce qu’il apporte rapidement ce plus par rapport aux tunisiens, il en est de même pour les supporters. C’est donc cet état d’esprit qui doit animer l’expatrié, or on voit que Ferjani Sassi est revenu ou Fakhreddine Ben Youssef et plein d’autres. Les seuls qui ont réussi ce sont les gens qui ont faim, comme les défenseurs, on voit que Hatem Trabelsi a réussi, ou Radhi Jaïdi ou Abdennour. Et puis l’équipe nationale est aussi une vitrine pour les joueurs, donc quand elle ne réussit pas ça renvoie une image négative.

Avec le recul, avez-vous des regrets ?
Je dirais que j’ai un caractère un peu difficile, je peux avoir une expression faciale qui laisse penser que je suis nonchalant mais ce que je regrette c’est de ne pas avoir travaillé sur le relationnel. Je ne sais pas me taire quand je vois des choses pas bien. J’avais tendance à me froisser quand on me sermonne ou on ne me fait pas confiance alors que je devrais plutôt rebondir. Aujourd’hui je ne refais plus les mêmes erreurs.

Où est-ce que vous aimerez évoluer dans le futur ?
En D1 portugaise qui a un football qui me convient ou en France où je suis parti avec le sentiment d’inachevé.

…je rêve de jouer pour mon pays

Quand on pose cette question généralement on nous répond Espagne ou Angleterre mais pas vous ?
Bien sûr c’est un rêve pour tout joueur de jouer en Liga ou en Premier League, simplement il faut être pragmatique et réaliste dans la vie. Si je carbure dans une D1 portugaise je pourrais prétendre à aller en Espagne mais pas avant.

Quid de l’Équipe Nationale ?

Mohamed Slim Ben Othmane
Mohamed Slim Ben Othmane avec le Drapeau National

Comme tout joueur, je rêve de jouer pour mon pays. Ça serait une consécration pour moi surtout que j’avais joué dans les catégories jeunes et j’ai failli la rejoindre en 2013. En effet, Sami Trabelsi m’avait contacté à l’époque de la Coupe d’Afrique des Nations pour me dire qu’il avait construit un groupe pour la CAN mais qu’il comptait sur moi après. Malheureusement il est parti juste après la CAN.

Avez-vous des contacts avec le staff de l’EN ou de la FTF ?
Non je n’ai pas eu de contact, je ne sais pas s’ils me suivent ou pas. Je suis du genre discret, j’estime qu’il faut bien travailler et que c’est le travail qui fera qu’on s’intéressera à moi. Je ne suis pas comme d’autres joueurs qui essayent de se médiatiser et pourtant ma mère est journaliste. En réalité, j’ai beaucoup souffert à mes débuts d’être le fils de, on me le reprochait souvent alors dès que je suis parti de Tunisie, j’ai cherché à rester très discret.

Quelles sont vos plans pour la fin de votre carrière, avez-vous envisagé de devenir coach ?
Je ne me vois pas devenir entraineur. Ça ne m’intéresse pas. Par contre j’ai vraiment envie de continuer dans le monde du football et surtout devenir un directeur sportif. Je ferais le nécessaire pour atteindre cet objectif.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Je connais très bien Tunisie-Foot, je vous suivais avant même de jouer au football. Je consultais le forum et j’ai même un compte. Ça fait très longtemps que je n’y ai pas été mais je sais que vous avez une rubrique de suivi des expatriés. Dites-vous que les joueurs aiment avoir un retour et lire ce qui se dit sur eux.
En tout cas je vous remercie de votre support et de continuer à promouvoir les tunisiens un peu partout.

 

A propos Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.