Helmi Loussaïef
Helmi Loussaïef devant la Juventus Football Academy

[Interview Exclusive TF] : Helmi Loussaïef, onze ans après

Le natif d’Evry en banlieue parisienne, Helmi Loussaïef a connu une vie de footballeur riche en expériences. D’abord formé à l’INF Clairefontaine puis à Monaco, Helmi a fait le choix de rejoindre le championnat tunisien avant de partir en Hongrie, en Italie ou encore en Malaisie. Toujours aussi sympathique, Helmi nous raconte son activité onze ans après une première interview accordée à TF que vous pouvez retrouver ici. Bonne lecture.

Que de chemins parcourus depuis notre dernière interview (il y a 11 ans). Peux-tu tout d’abord nous donner des nouvelles ?

Oui le temps passe, déjà onze ans. Ça ne me rajeunit pas… Aujourd’hui je me prépare à rencontrer mes 31 ans, je suis directeur de la Juventus Academy à Carthage et je suis ou du moins j’essaye d’être un bon père de famille.

Peux-tu nous donner les missions de la Juventus Academy ? Ambition sportive ou vocation plutôt sociale ?

Helmi Loussaïef

La Juventus Academy Tunisia est née pour aider les jeunes footballeurs tunisiens dans leurs premiers pas dans le monde du football et pour les former selon le modèle Juventus, l’un des meilleurs clubs formateurs en Europe. L’académie se base sur des professionnels de haut niveau, afin de fournir la meilleure expérience que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des terrains. D’ailleurs, c’est pour cela que notre staff a été très bien sélectionné et qu’il est aujourd’hui l’un des meilleurs en Tunisie.
Notre philosophie vise à développer les jeunes footballeurs à travers notre modèle qui combine les aspects techniques, mentales, émotionnelles et collectives. Notre méthodologie est basée sur cinq points essentiels : Style de jeu, capacités technique, tactique, mentale, psychologique et sociale.
Nous accordons aussi beaucoup d’importance au social au sein de notre académie. D’ailleurs à cet effet, nous avons été sélectionnés par l’UNESCO pour faire partie d’un projet visant l’intégration de jeunes tunisiens âgés de 5ans et issus de milieux très défavorisés au sein de notre structure. Ces enfants suivront une formation sportive et extra-sportive jusqu’à atteindre l’âge de 16 ans. Les enfants défavorisés sont pris en charge par L’UNESCO et le reste payé à l’année, par mois ou par tranche, en échange nous leurs fournissons les équipements été et hiver ainsi que  la méthodologie Juventus. Des tournois et des voyages à l’étranger sont organisés chaque année.

Nous savons que le PSG va aussi créer prochainement une académie. Comment des grands clubs comme la Juve ou le PSG perçoivent le football tunisien ?

Étant natif de Paris j’ai une idée sur ce que représente le PSG au niveau de l’académie et des jeunes et j’espère que ce ne soit pas seulement le développement d’une marque commerciale. L’arrivée du PSG en Tunisie reste quand même une bonne chose pour notre pays qui a besoin de ce type de projet. Nous avons tellement d’académies anarchiques qui vendent parfois des rêves aux enfants et à leurs parents. Avec les académies des clubs européens, on est sûr d’avoir un bon encadrement pour nos jeunes.
Si j’ai décidé de travailler pour la Juventus Academy, c’est que j’ai retrouvé dans ce club les valeurs que j’avais connu dans mon enfance à l’ INF Clairefontaine. Le club perçoit le football tunisien de la meilleure des manières. D’ailleurs l’année prochaine une nouvelle unité verra le jour à Sousse, et en 2019 une autre à Sfax. Notre projet contient une dizaine de sites sur le territoire tunisien et si cela est aujourd’hui possible, c’est avant tout grâce au soutien du club qui croit beaucoup en la Tunisie et aussi grâce au soutien inconditionnel de notre partenaire local Ooredoo.

Nous connaissons un phénomène de plus en plus croissant des jeunes binationaux formés en Europe qui tentent l’expérience de la Tunisie. On peut dire que tu en es un symbole aussi. Avec le recul que pourrais-tu dire à ces joueurs ?

Il est vrai que quand je suis arrivé en Tunisie, au Club Africain, on était à l’été 2006, je n’avais que 20 ans et il n’y avait que très peu de binationaux à avoir tenté le coup du pays d’origine. Pour moi le choix du Club Africain était une évidence. Le projet était intéressant et c’était un challenge excitant. Avec le recul je conseillerais aux jeunes qui veulent venir de ne pas se tromper dans leurs attentes. Il faut qu’ils sachent qu’on attend d’eux une vraie plus-value parce que les joueurs locaux sont déjà très talentueux. Et puis en ce qui concerne mon expérience personnelle, venir en Tunisie m’a permis d’aimer encore plus mon pays et ça, ça ne se retrouve pas ailleurs.

Tu as évolué dans plusieurs clubs (CA, USMo, CSHL) en Tunisie dans des contextes différents, quel est ton regard sur notre football et sur la qualité de nos joueurs.

Nous avons un potentiel énorme en Tunisie. Je pense que ce n’est pas assez souvent souligné. Avec toutes les instabilités que le pays a pu connaître je pense qu’on ne s’en sort pas si mal. Bien-sûr qu’on aimerait tous voir des installations de derniers cris mais je pense qu’il faut être patient et se structurer au fil du temps.
En ce qui concerne la qualité de nos joueurs, ce n’est un secret pour personne. Le potentiel de nos joueurs est immense. Il y a vraiment de bons talents chez nous qui n’ont rien à envier aux autres. Il faut pouvoir les accompagner et leur inculquer peut-être une rigueur européenne mais je pense que dans la potentialité les joueurs du championnat tunisien n’ont pas à rougir.

Tu as eu un parcours de globe-trotter (France, Tunisie, Hongrie, Italie et Malaisie). Que t’ont apporté ces différentes expériences ?

Ces expériences m’ont fait grandir en tant qu’homme avant tout. J’ai pu découvrir des cultures différentes, ouvrir mon esprit et découvrir du pays. Et surtout aujourd’hui je parle 4 langues couramment (Français, Anglais, Tunisien et Italien) et j’ai de bonnes notions en malais (rire).
Ensuite le footballeur a mûri. La rigueur tactique italienne m’a beaucoup marquée. J’ai pris goût à analyser le football à leur manière. Et en Malaisie, il y avait une forte pression positive. Lorsqu’on est un joueur étranger, que le club investit sur vous, vous devez être tous les jours le meilleur. Dans des stades de 30 à 50 milles personnes, il faut être tout le temps bon. Je suis vraiment ressorti enrichi de toutes ces expériences là.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ? As-tu des regrets ?

Helmi Loussaïef

Il y a plusieurs souvenirs qu’on retient, je ne pourrai pas tous les citer. Ma formation à l’INF Clairefontaine ou à Monaco m’a permis de rencontrer des gens que je considère beaucoup aujourd’hui. Ma victoire en coupe de Malaisie a été un beau souvenir, être à l’origine de deux buts sur trois devant 60 000 personnes a été un bonheur total.
Il y a des rencontres que l’on fait tout au long d’une carrière qui nous marquent et je peux t’en citer énormément.
Il y a toujours des regrets dans la vie d’un homme et encore plus dans la carrière d’un joueur. On se dit que des choix auraient pu être fait de manière différente. Mais c’est Dieu qui décide, le destin en a voulu ainsi et j’en suis très satisfait.

Toujours supporter de l’EN ? Quel est ton avis sur les performances ? Et la CAN ? Les joueurs qui t’impressionnent ?

Notre équipe nationale a un fort potentiel. Depuis le début de la CAN, je trouve qu’on est l’équipe qui a le meilleur équilibre. Il y a un équilibre dans le groupe entre les binationaux et les locaux qui se reflète sur le terrain. L’équipe est très structurée. On a des successions d’enchainements plaisant à voir. C’est une équipe assez jeune qu’il faut laisser grandir et qui doit travailler sur le long terme.
Nous avons de grands joueurs en devenir, que ce soit Msakni qu’on connaissait déjà sur la scène internationale mais aussi Yassine Khenissi (notre Morata à nous), Ben Amor de l’Étoile ou Maaloul. Il y a vraiment un fort potentiel qui peut aller au bout dans cette Coupe d’Afrique.

Tu es toujours en contact avec des joueurs tunisiens ?

Oui je suis aujourd’hui en contact avec plusieurs joueurs de l’équipe nationale, Rami Jridi, Taha Yassine Khenissi, Harbaoui, Khazri, Akaïchi…et plusieurs autres. Aujourd’hui j’ai encore un pied dans le monde du football professionnel parce que je conseille et j’aide certains joueurs à trouver des clubs par l’intermédiaire de mon ancienne boîte d’agent de joueurs qui est basée sur Paris, mais aussi par rapport à mon carnet d’adresse que j’ai acquis durant ma carrière de Globe-trotter. Je suis une sorte d’intermédiaire dans l’ombre, quand je peux donner un coup de main, je le fais sans hésiter.

Que penses-tu de la situation de ton pote Hatem Ben Arfa qui a récemment joué un amical face au club Africain avec le PSG ?

Je pense qu’avant tout de chose on doit laisser Hatem tranquille. C’est toujours désolant de ne pas le voir s’exprimer comme il devrait le faire mais il faut le laisser tranquille. C’est un talent indéniable et lui sait ce qu’il doit faire. Je ne doute pas une seconde de sa capacité à changer les choses. Il arrivera là où il souhaite aller. Je ne peux qu’être derrière lui.

Projets ? Souhaits pour l’avenir ?

Les projets suivent leur cours et avancent comme il se doit. Je ne peux pas en dire plus mais des choses encore plus belles arrivent que ce soit avec la Juventus, en Tunisie ou dans la sphère privée avec mon frère notamment, je vous en parlerai en temps voulu. Promis (rires).
Et pour ce qui est des souhaits d’abord la santé et la piété. C’est très important de prendre du recul et de se dire que nous sommes des privilégiés de pouvoir vivre de ce qu’on aime et qu’on a toujours aimé. Et je me permets un dernier souhait, pour notre pays, qu’il continue d’avancer vers de meilleurs horizons pour nous mais surtout pour les générations futures.

Un mot pour les TFistes ?

C’est très important de créer une communauté pour soutenir et surtout faire avancer les choses. Je leur témoigne mes sincères remerciements pour les nombreux soutiens que j’ai pu avoir tout au long de ma carrière et surtout les invitent à promouvoir notre football, notre savoir-faire à travers le monde. Un grand merci à vous et surtout gardez votre passion.

Interview réalisée par Gahwa.

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A propos Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.