[Interview Exclusive TF] : Alaeddine Yahia, en toute franchise

Faisant partie des derniers Champions d’Afrique 2004 encore en exercice, Tunisie-Foot a souhaité interviewer Alaeddine Yahia pour revenir sur son actualité et ses projets et avoir son regard sur l’Equipe Nationale. Toujours avec son langage franc, le défenseur du Stade Malherbe de Caen a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

 

Tunisie-Foot.com: Alaeddine,  peux-tu déjà dans un premier temps faire un point sur ta saison avec le Stade Malherbe de Caen ?

Alaeddine Yahia: Au niveau des résultats, ce n’est pas comme l’année derrière mais sinon j’ai la chance et je suis content de participer à tous les matchs, surtout à mon âge.

 

TF: Le SM Caen a notamment changé plusieurs fois de formule en défense centrale. Comment l’as-tu vécu ?

AY: Tu le vis bien tant que tu joues. On a évolué en 4-1-4-1, à la 11e journée, on a joué en 3-5-2. Je l’ai bien vécu parce que l’année dernière, on a déjà joué en 3-5-2. La transition est mieux passée. Après, je n’ai pas de préférence ma seule ambition, c’est de jouer et de gagner des matchs.

 

Je suis un mordu depuis tout petit du ballon!

 

TF: Tu es tout de même resté le patron de la défense, qui plus est, à 35 ans, quel est le secret de ta longévité ?

AY: Le patron, c’est un bien grand mot. Je ne suis pas un patron. Je suis effectivement le joueur le plus expérimenté derrière vu ma carrière et mon âge. Il y a d’autres bons joueurs derrière.
Concernant ma longévité, je n’ai pas de secret. C’est le travail et le travail, notamment travail invisible : après l’entrainement, massage et récupération. C’est le plus important surtout à mon âge parce qu’on ne récupère pas comme à 20 ans. Après, je me fais aussi plaisir, je ne reste pas cloisonner chez moi. Je sais quand il faut passer de bons moments aussi, vivre, se laisser aller, manger un bon repas avec mes enfants et ma famille.
La chose que je rajouterai avant tout, c’est que j’aime le foot mais à l’extrême. J’aime mon métier. Je ne dirais même pas mon métier, c’est ma passion le foot. Même quand j’arrêterai le foot, j’aimerai toujours le ballon quoi ! Je suis un mordu depuis tout petit du ballon.

 

TF: Un mot sur ton coéquipier tunisien Syam Ben Youssef qui vit une saison plus difficile ?

AY : Si on regarde son statut d’international, c’est vrai que c’est difficile pour lui. Il a commencé la saison titulaire mais après il y a eu ce match à domicile contre Paris où on avait pris 6 buts et malheureusement il en a fait les frais.
Ensuite, il a aussi été blessé aux adducteurs pendant un mois et demi. L’équipe s’est mise en place, même si les résultats n’ont pas été extraordinaires. Il n’a donc pas beaucoup joué jusqu’à la CAN.
Dieu merci il joué à la CAN. Il a fait une CAN correct. Depuis qu’il est revenu de la CAN, il commence à rejouer, il a fait une bonne entrée à Saint-Etienne, il m’avait notamment remplacé et là il a fait un bon match à Nice. C’est bien, il faut qu’il joue à son âge.
C’est un bon défenseur, il a les qualités pour faire quelque chose de bien !

 

TF: D’un point de vue humain, comment se passe l’entente avec lui ?

AY: Extraordinaire, c’est mon petit frère. C’est un mec qui est d’une gentillesse extraordinaire. Je pense qu’il est même trop gentil. Comme il est dans la vie, comme il est sur le terrain. Des fois sur le terrain, je lui dis d’être plus méchant. C’est sa nature, tu ne peux pas le changer. Il est vraiment d’une gentillesse extraordinaire. Dans le football, j’en ai connu mais lui il faut partie du top 3 de la gentillesse.

 

A moyen terme, j’ai envie de faire agent de joueur!

 

TF: Nous te souhaitons évidemment encore des piges en tant que joueur. Comment te projettes-tu à court terme mais aussi à plus long terme, après ta carrière de joueur ?

AY: Avant tout, à court terme, j’espère qu’on va se maintenir avec le Stade Malherbe de Caen. Après, on fera le point et on verra en fin de saison ce qu’il adviendra. Hamdoullah, pour l’instant je me sens bien, j’ai encore du jus. Etape par étape, d’abord le maintien et après on verra.
Après le foot, à moyen terme, j’ai envie de faire agent de joueur avec mes agents. J’ai envie de m’occuper de joueur de tout petit et les voir évoluer tout en haut. Ce serait gratifiant.
Par exemple, mon agent Djaziri Karim, qui est tunisien, m’a dit un jour quand j’étais à Saint-Etienne en 2005 « regarde ce joueur, il deviendra le meilleur joueur français », je regarde le petit, je lui dis « je lui souhaite » et ce petit là c’était Benzema.
C’est ça que j’ai envie de faire, de m’occuper de jeunes et de l’accompagner au plus haut. Je ne veux pas faire ça pour l’argent. Ce n’est pas mon but principal. Je ne veux pas être un mec véreux. L’argent, j’en ai eu dans le football. Je veux m’occuper de joueurs, voir leur progression, dénicher des talents et les accompagner en haut.

 

TF: Pouvons-nous imaginer, en cas de qualification pour le Mondial, un retour Alaeddine Yahia en Equipe Nationale ?

AY: Non non non. J’aime la Tunisie énormément, plus que tout. On m’a déjà appelé pour les qualifications pour la CAN 2017 mais voilà, j’ai fait mon temps, il y a des jeunes qui y ont participé. Je ne suis pas un voleur. Je ne vais pas piquer leur place. Je ne suis plus l’avenir de l’Equipe Nationale. Je ne sais même pas si je jouerais encore au foot en 2018. Il faut laisser la place aux jeunes. Il y a des bons joueurs derrière.

 

En EN, il manque de leader. Bouazizi, il te touchait avec ses mots.

 

TF: En parlant d’Equipe Nationale, qu’as-tu pensé de leur dernière CAN ? Les joueurs qui t’ont le plus impressionné ?

AY: Au niveau de la production de jeu ou de contenu de match, la Tunisie a été l’une des meilleures équipes, notamment le niveau de passe malgré les terrains difficiles. Mais voilà il manque toujours ce petit truc pour passer un cap, cette envie, cette hargne. Jouer bien, c’est bien mais il manque cette grinta qui fait que tu vas changer les choses, c’est dommage.
En 2004, on n’était pas la meilleure équipe footballistiquement mais tu avais des joueurs comme Jaïdi, Nafti, Bouazizi ou Jaziri qui avaient une grinta supplémentaire qui faisait que tu allais chercher les choses.
J’ai l’impression qu’il manque de leader dans cette équipe. Ça joue bien au ballon, je sais qu’il y a une bonne ambiance mais il manque de leader. C’est important qu’il y ait des leaders dans des moments difficiles où il faut hausser la voix.
Comme tout le monde, parmi les joueurs qui m’ont impressionné, il y a Sliti, Khazri, Khenissi et Msakni. Je ne vais pas être original.

 

TF: Dans ta carrière avec l’EN, quels sont les joueurs qui t’ont impressionné ?

AY: Hatem Trabelsi arrière droit. S’il n’avait pas eu de problème au genou, je pense qu’il aurait fini dans les meilleurs… Il était fort lui ! J’aimais bien Bouazizi. Avec lui, tu vas à la guerre, même avec un couteau en plastique. Il peut te faire croire que tu vas gagner la guerre avec un couteau en plastique. J’aimais bien Jaziri. Un chien, un chien ! Ah ouais, tout petit comme ça, il courrait partout, il n’avait peur de rien. Ce sont les trois qui m’ont le plus impressionné.

 

TF: Toi, qui a connu la bonne gouvernance de Hammouda Ben Ammar et l’après Ben Ammar, est-ce que tu as senti une différence ?

AY: Je ne vis pas à l’intérieur du football tunisien mais j’aimerais bien savoir ce qu’il se passe au niveau de la formation. On a la chance d’avoir d’une génération de champion d’Afrique 2004 et qui ont participé à la Coupe du Monde 2006. C’est dommage qu’il n’y ait pas d’anciens joueurs au niveau de la Fédération. C’est bien de prendre de l’expérience. Il faut arrêter de ramener des mecs de je ne sais où ou qui n’ont jamais tapé dans un ballon. Il faut du professionnalisme. C’est ça qu’il manque en Tunisie, c’est du professionnalisme.
Quand je vous un mec comme Boumnijel, prend le. Regarde Jaïdi, il est en Angleterre. Bon il a suivi son chemin. Bouazizi, il ne peut pas rendre service ? Rien qu’avec les mots, quand il parle, déjà il te touche. Prend le.
Il y en a qui sont consultants, c’est bien, c’est leur choix, je respecte tous les choix. Mais il faut qu’à la Fédération, il y ait des anciens joueurs. C’est ça qui manque. C’est à la racine qu’il faut prendre les choses. Ce n’est pas quand ça va mal, qu’il faut dire que c’est un tel, un tel ou un tel.
Le Président Ben Ammar, avant toute chose, il choyait ses joueurs, il aimait ses joueurs. Quand ça allait mal, il le disait que ça allait mal. Ce n’est pas parler par derrière : « regarde lui ce qu’il a fait, je l’éradique ».
C’est dommage parce que tu as un bon pays et des bons joueurs.

 

Des talents en Tunisie, j’y vais en Moon Walk!

 

TF: Justement dans ce futur rôle d’agent, tu envisages de suivre des joueurs en Tunisie, en France ou ailleurs ?

AY: Je ne vais pas te mentir. J’ai fait ma carrière en France. Cela fait 16 ans que j’y joue. Je connais plus de gens en France qu’en Tunisie. Après s’il y a des bons petits joueurs en Tunisie, j’y vais mais… J’y vais même en Moon Walk ! S’il y a de bons petits joueurs en Tunisie à voir et je sens qu’ils ont du potentiel pour jouer en France, j’y vais directement.
Ce week-end je suis allé voir Srarfi. Tout le monde m’en a dit du plus grand bien. Je suis parti le voir en réserve comme je suis resté à Nice. Il a quelque chose dans les jambes. Je lui ai dit franchement « Je pense qu’il jouera en Ligue 1 à moyen terme. Mais voilà il y a une culture, il faut apprendre le football comment ça se joue en France. Sois patient, t’inquiète tu joueras ». Le but ce n’est pas tout de suite jouer en Ligue 1, te cramer et dans 6 mois tu ne joues plus. Il reste deux mois, je préfère faire deux mois où j’apprends le football, je rentre petit à petit et m’installer que faire l’inverse.
Tu sens qu’il a du football dans les jambes et qu’il a du talent mais il faut qu’il apprenne comment le football français ça se joue, la tactique, la culture, apprendre le français aussi, c’est important.
Les joueurs tunisiens ont beaucoup de qualités mais après il y a une discipline tactique à avoir, une discipline dans la vie au quotidien aussi. Le tunisien est un bon vivant mais voilà « joue ton foot et vis bien après ».

 

TF: Un avis sur l’affaire Adel Chedli et l’indiscipline de certains joueurs en Equipe Nationale ?

AY: Je n’ai pas tout suivi mais je pense que le linge sale, ça se lave en famille. Tu le dis aux personnes concernées. Dire ça à la télé, ça ne sert à rien de dire ça, surtout que ça fait 5 ans. Après personnellement je n’ai jamais vécu ça, les trucs à panini ou chichas.
Il ne faut pas généraliser. Les tunisiens aiment bien vivre. Après tu as des mecs très professionnels et des mecs pas professionnels malheureusement.
Si tu regardes bien, ceux qui réussissent à l’étranger ce sont tous ceux qui sont professionnels. Abdennour ou Haggui ont fait quelque chose de grand à l’étranger. Il y a aussi Bouazizi ou Jaïdi.
Après, je ne peux pas me permettre de parler, je n’y étais pas.

 

TF: Ton regard sur l’acharnement médiatique qu’a vécu Aymen Abdennour ?

AY: Je suis un peu surpris qu’on s’acharne toujours sur un joueur. Abdennour, ce n’est pas robocop. Il ne peut pas couvrir toute la défense à lui tout seul. C’est vrai qu’il provoque un penalty contre le Sénégal. L’acharnement n’est pas mérité.
Pourquoi Abdennour ? Comme à une époque, pourquoi Haggui ? Les gens sont contents qu’un mec qui joue à Valence mais dès que ça va mal, on le défonce. Pour moi, c’est de la jalousie. Je n’ai pas vu tous les matchs mais même s’il n’y pas fait une bonne CAN, pourquoi le défoncer ? Il n’était pas tout seul en défense. En plus, le pompon final, lors le dernier match, il jouait arrière gauche. Ce n’est pas un arrière gauche, Abdennour. On le sait tous.
Je ne suis vraiment pas d’accord avec l’acharnement médiatique. Il y a deux ans quand il était à Monaco, c’est l’un des meilleurs défenseurs d’Europe et là aujourd’hui parce qu’il a loupé une CAN, c’est un moins que rien. Non non, il faut respecter les gens quand même.

 

TF: Nous espérons garder de tes nouvelles Alaa. Un dernier mot pour les TFistes ?

AY:  Merci pour votre amour du football tunisien. Continuez à supporter le football tunisien que ce soit dans les bons ou dans les mauvais moments. Après tout, cela ne reste que du football et on restera toujours tunisien et fier d’être tunisien.

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