Ali Boumnijel
Ali Boumnijel

[Exclusivité TF]: L’Equipe-Type et les joueurs marquants d’Ali Boumnijel!

Alors que cela devait être l’exercice de l’Equipe-Type, Tunisie-Foot.com a finalement eu la chance de s’entretenir pendant un long et agréable moment avec Ali Boumnijel sur les joueurs qui l’ont le plus marqué. L’ancien gardien et champion d’Afrique s’est livré sur la Génération 2004, les perles tunisiennes, ses complices et même la FTF. Nous vous souhaitons une bonne lecture.

 

« Pour moi, l’équipe-type est celle qui a le mieux fonctionné. C’est donc celle de la période extraordinaire que nous avons connu avec les qualifications en Coupe du Monde 1998-2002-2006 et notre titre de Champion d’Afrique en 2004. A l’époque, Roger Lemerre et Hamouda Ben Ammar avaient fait un travail extraordinaire. C’était l’apothéose pour nous. C’est la référence à mon sens car cela a été l’équipe la plus équilibrée au niveau mental, au niveau technique, au niveau engagement et même l’ambiance du groupe. Ce qui fait qu’à un moment donné on réussit quelque chose.

Cette Génération 2004 a été l’aboutissement d’un groupe de joueurs qui se connaissaient depuis très longtemps. On était déjà 7 ou 8 joueurs à avoir joué ensemble depuis 1996 ou à être à cheval sur deux générations : Bouazizi, Ghodhbane, Badra, Jaïdi, Mhedhbi, Jaziri, Mnari et Nafti qui avait été appelé à la CAN au Mali 2002 sous Henri Michel. Il y avait donc une ossature déjà soudée avec beaucoup d’affinités et de respect, auxquels se sont rajoutés d’autres joueurs.

Ce sont ces mêmes ingrédients qu’on a vu ailleurs. Nous avons, par exemple, joué contre l’Espagne en 2006. C’est une équipe où tu voyais que les joueurs s’appréciaient et qu’il y avait une bonne entente. On pouvait déjà se dire que cette équipe-là allait exploser dans les 2-3 ans. L’ossature est restée 6-7 ans après et elle a fait les beaux jours de l’Espagne. Il y a eu les résultats et les titres.  Il en est de même pour l’équipe de France. Avant 98, le groupe s’était formée en 96 et on a vu le résultat jusqu’en 2000. Il y avait une ossature. D’autres joueurs arrivent et se greffent à cette ossature. Cela prend parce qu’il y a les cadres qui sont là, qui passent les messages, ils savent de quoi ils parlent, il y a l’expérience et beaucoup de choses qui font qu’à un moment donné, ça marche. Si on regarde toutes les équipes nationales qui ont gagné des titres, il y a toujours une ossature à la base et des joueurs qui ont joué 5-6 ans ensemble et qui ont récolté les fruits de ce travail.

Je te parle donc de cette équipe de 2004 car les joueurs ont été à la plénitude de leurs talents. Ils ont bien été entourés. Ces joueurs ont donc vraiment relevé leur niveau. Par exemple : Sélim Benachour qui est, pour moi, le joueur qui m’a le plus marqué. A à peine, 20-21 ans, il a disputé la Coupe du Monde 2002. Techniquement, dans l’engagement et même au niveau de l’état d’esprit, Sélim a apporté un plus au Groupe. Il a toujours le sourire. Il n’est pas calculateur. Il a un état d’esprit très professionnel. Pourtant, il y avait Zoubeir Baya devant, même s’il était en fin de carrière. Un super joueur avec la qualité technique, une organisation et une vision de jeu extraordinaire

 

Pour revenir à l’équipe-type, je ferais forcément référence :

  • A nos deux axiaux avec Khaled Badra et Radhi Jaïdi. J’ai plus joué avec eux et pourtant au début ce n’était pas facile. Ces deux joueurs jouaient ensemble à l’EST avec un historique. Ils avaient une relation différente. Il a fallu beaucoup communiquer et travailler ensemble pour revenir justement à des choses beaucoup plus terre à terre. Un mec comme Badra qui a une lecture de jeu, qui est techniquement très fort pour un stoppeur, des fois il fallait le cadrer parce qu’il est capable de faire des ailes de fou derrière. Ce n’était donc pas facile au début mais après il y a eu une relation très forte entre nous.
  • A nos latéraux Hatem Trabelsi à droite et Clayton à gauche
  • A nos milieux défensifs Riadh Bouazizi et Mehdi Nafti.

Après c’est compliqué car il y avait du turnover et de la concurrence mais tu avais de bons joueurs comme Benachour, Adel Chedli, etc.

 

Je trouve finalement que cet exercice de l’équipe-type difficile parce qu’on ne peut pas occulté le passé non plus. Moi qui ai commencé ma carrière en 1991, j’ai connu pas mal d’autres bons joueurs. Il faudrait peut-être envisager une équipe sur plusieurs générations et dans ce cas sans être exhaustif je peux citer par exemple :

  • L’attaquant Jo Limam,
  • Zoubeir Baya qui était le créateur. Il a quand même fait 2 Coupes du Monde. Il a imposé son jeu notamment à l’étranger. Il a été l’un des rares joueurs en Tunisie qui s’est exporté et qui a réussi en Allemagne ! A cette époque, tu as très peu de tunisiens qui se sont imposés en Europe et Baya est pour moi une référence.
  • Faouzi Roussi, qui a vraiment marqué sa génération, même s’il n’est pas resté longtemps à l’étranger. Il est resté à peine à Caen mais c’est vrai que c’était un super joueur. En Tunisie, c’était une star même si en France il n’a pas réussi à s’imposer parce que il y a l’environnement et pleins de choses qui entrent en jeu.
  • Parmi les joueurs marquants, Sami Trabelsi, qui était capitaine et qui avait un certain charisme. Un stoppeur très rigoureux.
  • Il y a aussi un joueur très élégant et très efficace mais qui jouait à l’ancienne, c’est Khaled Ben Yahia. Il jouait à l’Espérance, il a joué longtemps en EN et moi les premiers matchs que j’ai faits, je les ai faits avec lui. Il était défenseur, très intelligent, une bonne lecture de jeu et beaucoup d’anticipation.

 

Il y a par ailleurs eu des perles et des supers joueurs mais malheureusement ils n’ont pas pu profiter de la sélection. Soit parce qu’on n’est pas allé loin, soit parce qu’ils se sont blessés :

  • Mehdi Ben Slimane qui jouait à Marseille. Il avait une puissance et est très véloce. Un super attaquant. Il se serait adapté en France, on en parlerait peut-être encore. Moi, il me rappelait Romario dans le style de jeu. Même gabarit, très vif, il arrivait à se retourner très rapidement vers le but. Il a d’ailleurs fait la finale en 96 en Afrique du Sud.
  • Hassan Gabsi s’est ouvert une carrière extraordinaire et malheureusement il n’a pas tenu. C’était un super joueur. Lors de la CAN 98, il a totalement explosé. Derrière, il avait plein de clubs qui le voulaient dont des clubs français. Il s’est fait les croisés et s’est malheureusement éteint. Il a fait un passage à Genoa et est resté en Tunisie.
  • Adel Sellimi, pareil, qui a joué à Nantes et à Fribourg avec Zoubeir. Adel c’est un peu spécifique. Il a un gros volume de jeu, il ne lâche rien, très combattif.

 

En terme de complicité, je m’entendais bien avec Mounir Boukadida avec qui j’ai commencé en 94 et jusqu’à maintenant on est resté en contact. Je fréquente et je croise aussi Riadh Bouazizi. Après tu as Badra, Jaïdi, Trabelsi, Clayton, Adel Chedli, Mnari, Thabet, ce sont des joueurs avec qui j’ai beaucoup d’affinité, une relation très forte. Et encore une fois je reviens sur l’état d’esprit. Ce sont des gens très professionnels, qui donnent tout, qui ne trichent pas, qui ne calculent pas.

Je reviens à 2004 et sur l’état d’esprit car l’affinité était pratiquement avec tout le Groupe. D’année en année, on est devenu aussi leader du Groupe. Quand on parle au Groupe, on parle à tous les joueurs, l’affinité se fait là aussi. C’est vrai que j’avais une relation privilégiée avec Benachour. Chedli, Nafti, ce sont des joueurs que j’ai pris sous la main parce que ce sont des joueurs avec un état d’esprit européen. Il fallait leur parler de comment ça se passe en Tunisie, comment est l’état d’esprit, comment il fallait gérer tout ça, faire attention car ce n’est pas la même manière de vivre en Tunisie qu’en France, le regard est différent. On était un peu l’exemple du professionnalisme, il ne fallait pas faire n’importe quoi. On est plus regardé et on doit apporter le « plus ». Il fallait que les joueurs le comprennent. Ce n’est pas évident.

Pendant la période Henri Michel, quand il m’a appelé par l’intermédiaire de son entraineur des gardiens, les joueurs ont fait pétition pour le dégager. C’est pour ça que je te parle de l’état d’esprit. C’est très important. Si j’ai refusé la sélection en 1996, c’est que je ne sentais pas le coup, je suis désolé, il y avait un groupe de joueurs qui ne me plaisait pas. Après, cela s’est assaini sous Kasperczak. Il a réussi à écrémer tout ça. Je suis revenu en 97 mais l’état d’esprit n’y était pas, malgré le travail du sélectionneur. Pour preuve, après 98 pareil, il y a eu une période de 4 ans où c’était encore concentré sur un seul club, il y avait quelque fois 15 joueurs en sélection de la même équipe. Il y avait même le gardien remplaçant ! C’est pour cela que l’état d’esprit est important. Il y a la qualité du joueur, c’est une chose et ensuite tu as comment il s’intègre dans le groupe.

C’est ce qu’on ne veut pas comprendre actuellement en Tunisie. C’est qu’il faut travailler sur du moyen et long terme. Je vois le président actuel, honnêtement ce n’est pas normal ce qu’il se passe. On a des références extraordinaires. On change de sélectionneur à des moments où il ne faut pas. Il y a des joueurs qui viennent, des joueurs qui partent. On n’essaie pas de jouer la stabilité, c’est un truc de fou. On ne construit pas. Il n’est pas là pour construire. Le mec est là pour son propre intérêt. Je n’ai jamais vu ça. On voit comment le championnat est parti en vrille. Maintenant on est à deux groupes, l’année prochaine on sera à 14. Il y a des équipes, on se demande pourquoi elles sont là. L’élite, c’est l’élite, c’est la quintessence d’un pays. Les clubs qui montent en première division doivent avoir les infrastructures, un certain budget et d’autres choses. En Tunisie, on fait monter des équipes qui n’ont pas les terrains, pas les structures, qui n’ont pas l’argent qu’il faut. On arrive à un niveau de jeu, tu ne veux plus regarder les matchs. C’est dommage parce que tout se répercute en Equipe Nationale. Même s’il y a des joueurs qui jouent à l’étranger, il y a un malaise. »

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