Les Ultras Tunisiens

Ultras L'EMKACHKHINES
Ultras L’EMKACHKHINES
African Winners
African Winners
Leaders Clubistes
Leaders Clubistes
Brigade Rouge
Brigade Rouge
Fighters
Black and White Fighters
Bardo Boys
Bardo Boys

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les principales rivalités en Tunisie

Le football tunisien est dominé par 4 grands clubs, qui trustent la quasi-totalité des titres nationaux (seuls 7 championnats leur ont échappé depuis l’indépendance en 1956) et se comportent très bien sur la scène internationale, dans les compétitions africaines ou inter-arabes. Les principales rivalités sont entre eux.

Il y a les 2 grands clubs de la capitale, l’Espérance Sportive de Tunis (EST) et le Club Africain (CA), qui s’affrontent lors d’un derby toujours très attendu. Fondée en 1919, l’Espérance est le club du faubourg nord de Médina, la vieille ville (quartier Bab Souika-Halfaouine), tandis que le Club Africain est le club du faubourg sud (quartier Bab Jdid). D’une opposition riches (CA)/pauvres (EST), la rivalité entre « Espérantistes » et « Clubistes » a progressivement évolué vers une opposition proche de celle Roma/Lazio, où l’on naît espérantiste ou clubiste, sans nécessaire distinction de classe sociale.

L’histoire socio-politique de la Tunisie, d’avant et d’après indépendance, est marquée par l’opposition entre Tunisois et Sahéliens, qui se traduit sur le plan sportif par la profonde rivalité entre l’Espérance Sportive de Tunis et l’Étoile Sportive du Sahel. L’Étoile Sportive du Sahel (ESS), dont la naissance remonte à 1925, est le club de Sousse, troisième ville du pays et « capitale » de la puissante région centrale du Sahel. Des liens entre les « Étoilés » et le Club Africain n’ont pas produit une rivalité comme avec l’EST. Enfin, vient le Club Sportif Sfaxien (CSS), apparu en 1928, qui est le club de Sfax, la deuxième ville tunisienne, en croissance constante grâce à une industrie importante. Le CSS est en concurrence avec les autres Grands.

A l’heure actuelle, l’Espérance domine outrageusement le championnat tunisien, dont elle a remporté 7 des 10 dernières éditions. Au total, l’EST s’est imposée 25 fois dans le championnat national et a gagné 13 coupes. Arrivent derrière : le CA (10 championnats et 11 coupes), l’ESS (9 championnats et 9 coupes) et le CSS (8 championnats et 4 coupes).

Le mouvement supporters tunisien

A l’origine, les supporters tunisiens sont des supporters méditerranéens, comme on peut les imaginer. La tribune est particulièrement colorée, l’ambiance est chaude et anarchique, des petites bandes rassemblées par quartier chantent, en s’aidant d’instruments traditionnels tels que les tambourins ou les derboukas. Les chants suivent essentiellement l’évolution du score sur le terrain. Les influences étrangères sont très présentes : les chants sont en arabe mais également en français, en italien, voire en anglais. Dans un virage comme celui de l’Espérance, on trouve des drapeaux et des maillots de la Roma, de Lens, de Galatasaray, de Ferrari, etc. Bref, de tout ce qui est rouge et jaune. La Roma est omniprésente et un des chants de base est tout simplement « Roma », comme si l’EST était complètement identifiée à la Roma. A Sfax, il existe un phénomène identique, quoique moins marqué, avec la Juventus.

Dans un pays très contrôlé par les forces de l’ordre, les stades ont été un des lieux de friction et de confrontation, étant donné qu’ils font partie des seuls endroits de regroupement de foule et de défoulement collectif. Les éventuels incidents sont spontanés et concernent surtout le déroulement du match. Les bagarres entre supporters et avec les forces de l’ordre découlent généralement de cela. Par ailleurs, les fumigènes et les artifices étant d’abord interdits, les policiers présents en bas de la tribune n’hésitaient pas à monter dans celle-ci pour interpeller les fautifs, quitte à déclencher des bagarres générales avec le reste des supporters. Cependant, un certain tournant a eu lieu en 1999, avec le drame de Béja.

Ville située à 150 km à l’ouest de Tunis, son club accueillait l’Espérance de Tunis pour une demi-finale de Coupe de Tunisie. Plusieurs jours avant le match, la tension est déjà perceptible. L’EST n’est pas seulement le club de la capitale, elle est aussi à l’époque assimilée directement au pouvoir du Président de la République Ben Ali, puisque le président du club d’alors, Slim Chiboub, est son gendre. En outre, les autorités locales prirent la décision curieuse, au nom des valeurs sportives, de ne pas séparer les supporters. Le match dégénéra en émeute liée à des motifs sportifs et donc politiques. A priori, les supporters béjaouis auraient attaqué à coups de pierres leurs homologues espérantistes. Le bilan officiel fut de 3 morts et un silence fut fait autour des évènements. En réalité, on parle de 21 morts parmi les fans des 2 camps et même chez les policiers, sans compter des dizaines de blessés.

Par la suite, les forces de l’ordre ont mis la pédale douce pour leur action dans les stades, évitant d’intervenir systématiquement. En conséquence, on a vu beaucoup fleurir les fumigènes et les feux d’artifice. Cette « libéralisation », ajoutée à d’autres facteurs (intérêt accru pour le football ou apparition d’Internet), est probablement à l’origine de la naissance de groupes Ultra’ en Tunisie, au début des années 2000.

Les Ultras, ce sont bien évidemment les 4 grands clubs. A l’Espérance, il s’agit des Ultras Lemkachkhines, nés en 2002 (« lemkachkhines » signifie les plus souriants, vu les résultats de l’équipe), très inspirés par le Commando Ultra Curva Sud de la Roma, dont ils ont d’ailleurs adoptés le symbole, la tête de Cochise. Au Club Africain, il a existé beaucoup de complications autour des groupes, d’inspiration Ultra’ certes mais visant à rassembler tous les supporters du CA. Il y eut ainsi, la Curva Nord, le 12, les African Winners et les Leaders Clubistes, Los Barrachos, North Vandals, Dodgers Clubistes, Chicos Latinos. A Sousse, les Ultras ont adopté un nom lourd de signification historique : Brigades Rouges. A Sfax, les Fighters, selon le nom du goupe Ultra’ principal de la Juventus du moment, se sont créés.

Une deuxième génération de groupes a vu également le jour. Dans les grands clubs, des petits groupes ont émergé. Ce sont les cas des Supras Sud et des Blood and Gold à l’Espérance ou des Fanatics, installés en latérale, à l’Etoile. Par ailleurs, un mouvement se diffuse vers les autres clubs. Ainsi, pour prendre des exemples, on peut citer les Bardo Boys du Stade Tunisien ou les Vikings de l’ES Zarzis. Les petits groupes d’amis n’hésitent plus à prendre un nom.

Les Tunisiens ont repris l’organisation habituelle des groupes Ultra’, en développant progressivement des grandes capacités pour la mise en place de tifos, et en y investissant de plus en plus d’argent Le reste des fans présent dans les virages participe très bien aux animations, ce qui a permis aux groupes de gagner sans cesse en complexité et en diversité dans les supports utilisés. A ce titre, les derbys de Tunis ont constitué de superbes duels entre les 2 virages, afin d’affirmer leur supériorité. Il faut dire que, par rapport aux ESS et CSS, le CA et l’EST évoluent, selon l’importance du match, dans les 2 plus grandes enceintes du pays, le Stade d’El-Menzah (45 000 places) et le Stade du 7-Novembre (60 000 places), qui leur offrent nettement plus de possibilités que les autres Ultras.

En revanche, un autre aspect du supporterisme organisé n’a pas été réellement suivi. Si les Ultras ont cherché à améliorer le répertoire des chants de leur virage, ils n’ont pas « centralisé » le lancement des chants. C’est-à-dire qu’on ne trouve pas vraiment de capo au mégaphone ou à la sono, s’occupant de gérer les chants pour le reste de la tribune. Les Ultras sont rarement regroupés en noyau moteur pour les chœurs. En fait, les chants proviennent d’un peu partout, des Ultras, comme des bandes de quartiers. Une partie des supporters accepte les actions des Ultras pour mettre sur pieds les tifos mais reste sur un fonctionnement spontané pour ce qui est des chants. Les ambiances produites sont inconstantes avec des hauts et des bas.

Les déplacements étaient déjà dans la tradition des supporters tunisiens. Les Ultras les ont juste systématisés, notamment pour ce qui est des destinations à l’étranger. Profitant de l’industrie textile tunisienne, les Ultras ont développé une gamme de matériel tout à fait honorable (écharpes, T-shirts, vestes, casquettes,etc.), dépassant en cela leurs propres clubs, qui viennent juste de mettre sur le marché des produits dérivés. Pour finir, dans les grands clubs omnisports, les Ultras suivent aussi le hand-ball, le volley-ball et le basket-ball.

Le mouvement Ultra’ tunisien est jeune et se compose de supporters plutôt jeunes mais il se trouve déjà à un tournant. Les Ultras ont été perçus comme positifs initialement, grâce à leurs tifos. Des reportages ont été consacrés à la préparation de chorégraphies pour le derby et celles-ci sont vraiment attendues. Néanmoins, des faits de violence récents (voir les 2 comptes-rendus) ont été interprétés comme une radicalisation des rivalités dans le football tunisien. D’oppositions bon enfant entre 2 quartiers ou villes, on serait passé à de véritables conflits, qui dégénèreraient à chaque rencontre. Est-ce que cela n’existait pas auparavant ? Est-ce que cela ne dépend pas d’une situation sociale plus large ? En tous cas, les Ultras ont été en partie montrés du doigt. La sécurité dans les stades est de nouveau prioritaire et la répression qui l’accompagne constituera certainement un gros challenge pour les Ultras.

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