A la UneCAN2019

[Flashback CAN96] : De l’Apartheid au « Bafana Bafana »

La Finale inédite : le Sud accueille le Nord

Nelson Mandela avec le maillot de l’Afrique du Sud

« Le sport a le pouvoir de changer le monde, le pouvoir d’inspirer, le pouvoir de rassembler les gens comme peu d’autres choses peuvent le faire. » – Nelson Mandela le 25 mai 2000.

Pour assimiler la fameuse citation du légendaire leader sud-africain, il faut revenir quelques années auparavant. Un certain samedi 3 février 1996, à Johannesburg, un stade chaud bouillant comme il ne l’a jamais été pour un match de foot. Nelson Mandela, président de la république, présent dans les tribunes, non pas en costume contrairement aux protocoles, mais en maillot de l’équipe nationale locale.

C’était la finale de la CAN 1996, opposant le pays Hôte, les « Bafana Bafana » sud-africains aux Aigles de Carthage tunisiens, une finale tellement inattendue, que les pires fanatiques des deux nations, n’auraient jamais imaginé quelques mois auparavant.

Désistement de l’organisateur et retrait du champion en titre.

Cette CAN était planifiée au départ sur le territoire du Kenya, avant que ce dernier ne se désiste en plein tours qualificatifs. La CAF désigna de suite l’Afrique du sud pour organiser le tournoi. Ce pays qui revient tout juste à la scène internationale footballistique, après plus de 30 ans de mise à l’écart à cause du système ségrégationniste qui règne au pays, profite de l’infrastructure déjà en place, utilisée un an auparavant pour la coupe du monde du Rugby. Et profitant du sport comme outil politique de réconciliation des noirs, blancs et autres origines du pays.

De l’autre côté le Nigeria, tenant du titre, le favori du tournoi sans contestation, bourré et de talents et de stars, se retire de la compétition suite à la désignation de l’Afrique du Sud sous prétexte de manque de sécurité. La raison réelle fut la crise diplomatique entre Mandela et le régime militaire nigérian après l’exécution d’un des militants des droits des minorités au Nigeria.

Cette atmosphère politique sera, pour certains plus influente que le cadre sportif même de la compétition. Elle permet de favoriser une équipe déjà rodée à l’ombre à savoir l’AFS, et permet aux Aigles de Carthage d’éviter les « Super Eagles » dans un quart de finale qui n’aura lieu finalement que 10 ans après en Égypte.

Premier tour : Tunisie « Les Aigles de port Elizabeth »

Chokri El Ouaer, Hedi Ben Rekhissa, Kaïes Ghodhban, Férid Chouchène, Mounir Boukaddida, Sabri Jaballah, Riadh Bouazizi, Khaled Badra, Boubaker Zitouni, Sofiène Fekih, Mehdi Ben Slimène, Abdelkader Ben Hassen, Adel Sellimi, Zoubaïer Baya, Lassaad Hanini et Belhassan Aloui

Après la débâcle de 94, un nouveau coach est engagé, fin connaisseur du football africain, charismatique et véritable meneur d’homme, Henry Kasperczak débarque, après avoir fait des éléphants une équipe redoutable qui a failli battre les Super Eagles dans un match d’anthologie à El Menzah. Il métamorphose les Aigles de Carthage d’une équipe perdue, en une machine tactique impressionnante. Pourtant un début de mission très difficile. Tenus en échec à deux reprises pendant les éliminatoires, notamment contre le Togo 1-1 et aussi face au Liberia de George Weah 0-0, les Aigles de Carthage, dos au mur, vont réaliser un retour miraculeux en battant en déplacement le Togo 0-1 puis en écrasant le Sénégal dans une soirée inoubliable à El Menzah 4-0. Les aigles se qualifient en CAN pour la première fois par les éliminatoires, depuis 14 ans. Pendant ces qualifications, Henry était en train de préparer sa mayonnaise qui finit par monter dans une soirée ramadanesque, un 25 janvier 1996 à Port Elisabeth.

Pourtant, le premier match était nul dans tous les sens du terme. Menés très vite au score, devant un Mozambique, qui va devenir un spécialiste de jouer les troubles fêtes, les Aigles vont survivre ce jour grâce à un lion, nommé Hedi Ben Rekhissa, qui va s’envoler dans le ciel de Port Elizabeth, et d’une tête magnifique, permet aux garçons de Kasperczak de rester dans la course 1-1. Entre temps, dans la même poule, le Ghana, ou le Brésil africain, profitant de l’absence du Nigeria, va créer la sensation, cette fois-ci Abedi Pelé et Tony Yboah, revanchards, vont éclater la Côte d’Ivoire, orpheline de son Homme fort, Henry Kasperczak 2-0.

Les supporters tunisiens, dépités, devenus habitués aux déceptions, assistent au second match à Port Elizabeth, contre les Blacks Stars, sans grand espoir ! De l’autre côté, Henry Kasperczak et ses garçons, avec une moyenne d’âge de 23 ans, cachent un état d’esprit tout autre. Confiants, solides, déterminés et surtout appliqués tactiquement, les Aigles de Carthage vont faire le match qui a changé à jamais le statut de cette équipe, dans le continent, mais surtout dans les esprits des Tunisiens. Les Aigles, complètement décomplexés, vont bloquer le 11 professionnel des Black Stars et vont se procurer les meilleures occasions de la première mi-temps. Mais, Mr Mathabela, arbitre sud-africain de la rencontre, oublie à deux reprises de siffler un penalty clair, respectivement pour Adel Sellimi, puis Zoubeir Baya. Les problèmes ne s’arrêteront pas là, avant la fin de la mi-temps Djo Limam va quitter le terrain sur blessure, laissant sa place pour un garçon que la presse sud-africaine va appeler « le chien enragé ». Il s’agit du Mehdi, pas notre guide attendu, mais le Mehdi Ben Slimane attendu. Les aigles tiennent la baraque (0-0) à la mi-temps.

Riadh Bouazizi à la lutte avec Abedi Pelé

Les Black Stars, sentant le danger, vont jouer directement sur Yboah, bouffé complètement par Sami Trabelsi jusque-là. Tony va réussir à dévier le seul ballon qu’il intercepte du match face à ce dernier. Cette déviation de la tête va permettre à Abedi Pelé, de se démarquer de Bouazizi, aussi pour la première fois du match, et tromper Chokri El Oauer 1-0 à la 50e minute. Les plans de Kasperczak étaient un peu embrouillés. Les Tunisiens vont concéder un penalty deux minutes plus tard. Toujours Pelé, se charge de le tirer magnifiquement, sauf qu’El Ouaer a décidé autrement, et d’un arrêt époustouflant, maintient les Aigles dans le match. Complètement libérés, les amateurs tunisiens vont s’accrocher de plus en plus. Convaincus qu’ils sont capables de tout, les Aigles vont continuer la rencontre avec la moitié de l’équipe devant, ajoutant Sahbani à la place de Balha, puis Ben Younes à la place de Fekih. Comptant sur la vitesse de Ben slimane, la percussion de Ben Younes, la ruse de Sellimi et la clairvoyance de Baya, les Tunisiens auront leur objectif quand Ben Younes égalise à un quart d’heure de la fin, quelques minutes après son entrée en match, d’un coup franc indirect dans la zone ghanéenne.

Les Tunisiens garderont toujours dans leur mémoire cette célébration du jeune attaquant et son sprint vers le banc, dans une joie hystérique synonyme de conciliation … L’expérience fera la différence en fin du match quand les Black Stars, avec toutes les difficultés du monde vont réussir à marquer le but de la victoire, par le pied gauche de Charles Akonnor. Les Ghanéens qualifiés d’office après deux matchs, les Tunisiens goutteront la défaite la plus sucrée de leur histoire. On Y croit !

Charles Akonnor célébrant son but face à la Tunisie

Le 25 janvier 1996, une soirée ramadanesque pas comme les autres. Au stade de port Elizabeth, les Aigles de Carthage doivent battre la Côte d’Ivoire pour passer, dans un scénario comparable à celui de deux ans auparavant, contre le Zaïre, avec une différence de 8000 kilomètres de distance et de 180 degrés d’état d’esprit. Les Joel Tiehi Abdullay Traoré Michel Bassolé, Ibrahima Bakayoko,…vont se contenter de regarder les Aigles survoler la rencontre, la dominer de bout en bout, et provoquer ce sentiment de fierté, à un peuple qui vit pour le football.

Le score final est de 3-1 avec un doublé d’Imed Ben Younes à la 32e et 38e minute, qui quitte la compétition sur blessure, avec moins de 90 minutes sur la pelouse, 3 buts au compteur et une qualification à la clé, laissant le champ de la bataille pour le « chien enragé » pour la suite du tournoi. Le troisième but venait de la tête d’Abdelkader Ben Hassen à la 49e minute. Les Ivoiriens vont sauver l’honneur enfin du match grâce à Traoré, et vont quitter le tournoi. À la fin de la soirée on va découvrir l’hymne non officiel des Aigles de Carthage, le fameux « manach mrawhine » chanté par une équipe soudée comme elle ne l’a jamais été. Le chemin vient juste de commencer.

Premier tour : Afrique du Sud « D’où est-ce qu’ils sortent !!!!»

Le Match d’ouverture, à Johannesburg, les yeux étaient fixés sur le joli stade, plein à craquer, avec des cages à formes inhabituelles. On dirait des cages d’entrainement, et un maillot sud-africain de toute beauté, avec un mixe de joueurs : noirs, métisses et blancs aussi, une mosaïque inhabituelle en Afrique.

La plupart attendaient une équipe de Cameroun, composée de briscards expérimentés, face à une équipe sud-africaine, que probablement le maillot sera son point fort. Cette pensée n’a duré que deux minutes, les Sud-africains, certes inconnus, vont s’amuser, se régaler, épater la foule : technique, dribbles, frappes, caviars, talonnades, on a eu droit même à des sombreros et petits ponts. Le Cameroun ne pouvait pas suivre le rythme, les Bafana Bafana l’emportent 3-0 respectivement de Masinga Williams et Moshoeu, avant de battre l’Angola en deuxième match 1-0.

Déjà qualifiés, les Sud-africains tournent l’effectif et lèvent le pied face à l’Égypte pour une courte défaite 0-1, qui ne change rien pour les locaux. Ils accompagnent les Égyptiens en quarts de finale.

Dans ce premier tour, après le retrait du Nigeria, aucune équipe ne la remplace. Alors dans la poule à 3 équipes, Mister George Weah, joueur africain de l’année et ballon d’or, se voit éliminé au profit du Zaïre de Lukaku senior et du Gabon d’Aubameyang senior.

Dans la dernière poule, l’Algérie et la Zambie dominent les Sierra Leone et le Burkina Faso. Ils passent ensemble aux quarts, avec 5 buts dans le compteur de Kalusha Bwalya.

Quarts de finale : Tous les chemins mènent à Johannesburg

Dans le premier quart de finale, les Sud-africains font leur plus mauvais match du tournoi, dans un temps pourri et un arbitrage partial d’Ali Abu Jassim. Les Algériens passent à côté d’une qualification qui pouvait être méritée, où les Moussa Sayeb, Lounissi, Ouezzani, Dziri, Zarrouki font tout, sauf pousser le ballon dans les filets d’André Arendse. Le pire dans l’histoire c’est que Tarak Laazizi défenseur algérien du Stade Tunisien à l’époque, arrive à répondre au but de Mark Fish, égalisant 5 minutes de la fin du match, mais les Algériens craquent quelques secondes après. Les Sud-africains se battent sur la balle à trois reprises, qui fini dans les pieds d’un certain Jhon Moshoeu, ce dernier spécialiste en la matière, marque son deuxième but du tournoi d’un tir croisé imparable, et permet de qualifier les Bafana Bafana malgré le petit match.

Un peu plus tard dans la soirée, l’Égypte a été magnifique pendant la première mi-temps devant la Zambie finaliste malheureux de la dernière édition. Récompensé juste avant la pause, Samir Kammouna ouvre le score d’un tir de l’extérieur du pied à la 43e minute qui ne laisse aucune chance à Davies Phiri.

Ismaïl Youssef face à Andrew Tembo : Égypte – Zambie

Les Zambiens vont se réveiller en seconde mi-temps, avec Kalusha au sommet de son art, pas buteur ce soir, mais en distributeur de jeu. Les Chipolopolos vont trouver les ressources pour écraser complètement l’Égypte en inscrivant 3 buts en 15 minutes et en ratant autant. Litana de la tête égalise, Mutale double la marque quelques minutes plus tard et Dennis Lota plie le match définitivement à la 75e minute. Ce dernier que le grand public découvrira pendant cette CAN, sera attaché à jamais à ces terres. Il reviendra par la suite y jouer pendant des années puis s’éteindre à Johannesburg après une courte bataille contre la malaria.

À port Elizabeth le Ghana va assurer le strict minimum grâce à Tony Yboah, 1-0 contre les Zaïrois qui sortent des quarts de finale pour la troisième CAN consécutive, disputant ainsi leur dernière CAN sous ce nom. Ils redeviendront la République Démocratique du Congo à nouveau à partir de 1997.

Du côté de Durban, la Tunisie amoindrie par les blessures (Limam, Ben Younes) et la suspension (Boukadida) affronte une équipe gabonaise très athlétique et rapide. Kasperczak va garder sa défense de fer en alignant Khaled Badra en latéral droit à la place de Boukadida, un milieu travailleur et technique composé de Sellimi et Baya et à leur côté la révélation du tournoi Kaïes Ghodbane. Devant la défense Henry redonne confiance à Bouazizi l’homme à trois poumons, qui va assurer le balayage au milieu. En attaque le Staff va compter sur la vitesse de Mehdi Ben Slimane, et le sens du but d’Abdelkader Belhassen.

Les Aigles de Carthage vont marquer sur une contre-attaque rapide, commencée par Sami Trabelsi. Il récupère dans ses 30 mètres la balle et lance en course, de l’extérieur du pied, Ben Slimane dans le couloir droit. Celui-ci se lance comme une flèche, double le défenseur gabonais puis temporise d’un seul coup, envoyant ce dernier vers le drapeau du corner, sa passe en retrait trouve l’intérieur du pied droit de Baya qui la met dans la lucarne ouvrant le score à la 10e minute.

Ben Rekhissa, Ghodhbane, Sellimi et Trabelsi au mur face au Gabon

Les Gabonais ne baissent pas les bras. Ils continuent à jouer leur jeu rapide et athlétique, aidés par un mauvais placement du portier tunisien sur un coup-franc de 30 mètres, ils égalisent rapidement à la 16e minute.

Le match continua très fermé, sans voir de grosses occasions. Les Tunisiens bien appliqués vont neutraliser les Gabonais jusqu’à la fin des prolongations. Durant les tirs-aux-buts, Chokri El Ouaer fait oublier de la plus belle manière son erreur sur le but gabonais, non seulement il arrête deux tirs, il va aussi marquer le penalty décisif, 1-1 score final (4-1) aux t.a.b où les Aigles de Carthage ne vont pas trembler, Sellimi, Fekih, Ben Slimane et Chokri El Ouaer vont tous marquer. La Tunisie est en demi-finale pour la première fois après la génération d’or de 1978 et on entend toujours l’hymne non officiel à la fin du match « manach mrawhine ».

Demi-Finales : Net et sans bavure !

À Durban, devant quelques milliers de spectateurs, la Tunisie, surprise du tournoi affronte la Zambie, finaliste de la dernière édition et favoris du match. Henry Kasperczack va régler son équipe comme un métronome. Les Aigles de Carthage ont décidé de laisser la balle aux zambiens, les endormir, puis les surprendre.

Le schéma fonctionne à merveille, Ben Slimane trouve son bonheur dans les espaces laissés par les Chipolopolos. Il dribble, conserve sa balle, puis depuis le coin du corner droit, met un centre à ras de terre, banal à première vue, avant que Sellimi ne surgisse au premier poteau, et d’un tacle glissant impressionnant ouvre le score à la 16e minute. Son premier but du tournoi. La star du Club Africain réalise un tournoi monstrueux, attaquant de métier, il assure un rôle de seconde pointe, ailier, quatrième milieu, il assure la couverture sur le côté droit quand il le faut.

Les Aigles de Carthage font très vite le break. Un coup franc en cloche tiré par Baya, Hedi Ben Rekhissa coupe la trajectoire, sans toucher la balle, provoque une faute de Davies Phiri et la balle finit au fond des filets ! Le scénario idéal au bout de 20 minutes uniquement.

Les Zambiens ne trouvent aucune solution. Ils se contentent de conserver la balle, mais le double rideau défensif tunisien assure jusqu’à la fin de la première mi-temps.

À la reprise, les Aigles de Carthage enfoncent le clou. Zoubeir Baya, servit en profondeur par Sellimi passeur cette fois-ci, rate son tête à tête contre Phiri. Le ballon revient vers les 20 mètres, Kaïes Ghodhbane, marque du pied gauche un lobe magnifique à la 49e minute, le but du tournoi qui impressionne Pelé le brésilien en personne.

Les choses se sont compliqués pour les Chipolopolos qui vont réduire le score à la 68e minute par Denis Lota. Les Tunisiens toujours sereins, vont ajouter un quatrième but a sept minutes de la fin quand Ben Slimane se déjoue de la défense zambienne, fixation, sombrero puis pénétration dans la surface, provoque une faute synonyme de penalty transformé par Sellimi l’homme du match. La Zambie va réduire le score une deuxième fois dans les arrêts de jeu par Makasa, un but qui ne changera rien. Les Aigles réalisent un exploit historique avec une jeune équipe. Ils reviennent en finale de la CAN 31 ans après leur unique finale disputée jusque-là.

Dans la soirée à Johannesburg, les Bafana Bafana, vont surclasser le Ghana d’Abedi Pelé, où l’on assiste à un carnaval footballistique de Jhon Moshoeu, Dr Kumalo, Bartlett, Williams, Mark Fish et les autres. Les Black Stars, complètement dominées, encaissent trois buts dont un doublé de Moshoeu 22e et 87e minute ainsi qu’un but de Shaun Bartlett dès la première minute de la seconde mi-temps.

Les deux demi-finales n’ont laissé aucun doute que les deux meilleures formations du tournoi, vont disputer la finale de la CAN.

La Finale inédite : le Sud n’accueille pas le Nord

On revient sur notre finale, un certain 03 février 1996, tout le monde attend le sifflet de départ, un grand soleil, une ambiance hostile, les Aigles de Carthage vont clairement jouer contre tous.

Seul Kasperczak, avec son calme légendaire, prépare son équipe pour le match tant attendu. Il modifie son schéma tactique.

Contraint de jouer sans son meilleur défenseur Sami Trabelsi suspendu, sans ses atouts offensifs Ben Younes et Limam blessés et déjà forfaits, il démarre avec un 4-4-2 carré, Chokri El Ouaer dans les cages, Jaballah à droite, Hedi Ben Rekhissa à gauche, Ferid Chouchène et Boukadida dans l’axe. Devant la défense, les deux incontournables, Riadh Bouazizi et Sofiane Fekih, un cran devant eux Kais Ghodbane en milieu droit, et Zoubeir Baya en milieu gauche. En pointe Ben Slimane et Adel Sellimi, qui, contrairement aux autres matchs, ne reviendra pas défendre sur son côté droit. C’était la clef du match. Sellimi et Ben Slimane obligeaient toute la défense sud-africaine à ne pas se découvrir. Les Bafana Bafana sans le soutien permanent de Mark Fisk, Eric Tinkler et Lucas Radebé, trouvent toutes les difficultés à produire leur jeu fluide. Sabri Jaballah suivait Philemon Masinga comme son ombre. Shaun Bartlett est isolé entre Boukadida et Ben Rekhissa. Moshoeu et Dr Kumalu ne trouvent aucune solution mis à part quelques tirs désespérés que Chokri El Ouaer interceptait facilement, ou cherchant la tête de Phil Masinga sans aucun succès. Le seul qui était relativement dangereux fut Motaung le latéral droit qui trouvait devant lui le cœur de lion Hedi Ben Rekhissa, dans une bataille physique impressionnante.

Mehdi Ben Slimane, la révélation.

De l’autre côté Ben Slimane le « chien enragé » comme on le nomme en Afrique du sud, est en super forme. Il commence par une chevauchée de 30 mètres conclue par un missile qui passe légèrement au-dessus du but d’Arendse à la 16e minute. Trois minutes plus tard, il dribble en vitesse toute la défense sud-africaine, s’infiltre à droite puis centre en retrait vers Sellimi qui arrive un peu en retard dans une copie du premier but face à la Zambie.

Les Bafana Bafana de plus en plus dans le doute, leur public inquiet ne se fait plus entendre. Et les Aigles se procurent les actions les plus dangereuses malgré la possession sud-africaine.

Buthelezi, le joueur le moins gâté techniquement au milieu du terrain sud-africain, commence à faire des fautes. Il arrive en retard sur Godhbane et prend un avertissement. Premier fait de ce match, Godhbane, amoindri par la blessure, finira difficilement la mi-temps.

Buthelezi, toujours lui, arrive en retard cette fois-ci sur Sellimi, commet une faute évidente sous les regards de l’arbitre du match l’ougandais Mr Charles Massembé, ce dernier se dirige vers le Numéro 8 sud-africain, met sa main dans sa poche pour l’avertir, entre temps il se rend compte que l’avertissement est synonyme d’expulsion, dans une action qui restera collé à jamais dans la mémoire des fans des Aigles de Carthage, change d’avis et se contente d’un avertissement verbal. À 10 contre 11, à 50 minutes de la fin, c’est tout une autre histoire. Second fait de match !

La Finale inédite : Seconde mi-temps « Je m’appelle Williams! Mark Williams! »

À la mi-temps, Henry Kasperczak va faire son unique erreur du tournoi. Godhbane, blessé, va céder sa place à Lassad Hanini, en changeant de tactique vers un 5-4-1. Jaballah rentre vers l’axe en position de second Stopper. Hanini en arrière droit. Sellimi recule pour jouer en ailier droit. Le résultat immédiat est que Ben Slimane devient isolé en pointe. Barker le coach des Bafana Bafana va ajuster tout de suite après. Il retire son demi-défensif Buthelezi, qui en plus risque l’expulsion à tout moment, et lance Mkhalélé qui est largement plus technique. Les minutes qui ont suivi, permettent à Mark Fish et Eric Tinkler de commencer à jouer dans la moitié du terrain tunisien et les Aigles de Carthage sont de plus en plus sous pression. Masinga dans un mauvais jour complètement bouffé par Jaballah va laisser sa place pour Mark Williams. Les Bafana Bafana vont récolter un coup-franc stupide commis par Fekih. Le ballon est piqué au premier poteau de Kumalu vers Mark Fish qui dévie sur le second poteau, Tinkler se jette sur la balle et El Ouaer réalise une parade exceptionnelle. Ce n’était pas suffisant puisque le ballon revient sur la ligne des 6 mètres, El Ouaer en retard, ne peut rien faire devant Williams qui gagne le duel aérien avec le défenseur qui le marquait et ouvre le score quelques minutes après son entrée. 1-0 à la 73e minute.

La minute qui a suivie fut fatale pour les Aigles. Un ballon mal contrôlé par Boukadida, fut intercepté par Dr Kumalo, qui sert un caviar à Williams, complètement démarqué à gauche. Il ne rate pas son tête à tête devant Chokri El Ouaer, et d’un tir croisé du gauche signe son doublé en 10 minutes sur la pelouse, et plie définitivement le match à la 75e minute.

L’attaquant de 34 ans va inscrire son quatrième but du tournoi, rejoignant son compatriote Jhon Moshoeu dans la course des buteurs. Le dernier quart d’heure ne changera rien. Les Aigles ont accepté la défaite, et les Bafana Bafana vont écrire une nouvelle page dans l’histoire de leur pays.

Cette victoire d’un tournoi clairement feinté par la politique, va permettre à l’Afrique du Sud, un an après le sacre mondial du rugby, de faciliter la transition dans le pays, et changer pour toujours l’image collée à l’Apartheid dans l’imagination des autres peuples.

23 ans après les Tunisiens et les Sud-africains, sont toujours nostalgique de cette époque où le football leur a permis de vivre cette dose d’euphorie collective inégalable. Ils ne vont certainement jamais oublier les 4 bonhommes regrettés qui ont participé à cette finale inédite, et qui sont partis trop tôt.

  • Hédi Ben Rekhissa « Balha » 1972 – 1997
  • Sizwe Motaung 1970 – 2001
  • John Moshoeu « Shoes » 1965 – 2015
  • Philemon Masinga « Phil » 1969 – 2019

Auteur : NO3MEN

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Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.

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