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[CAN 2019] : L’Oeil de Radhi Jaïdi

Avec la fin de la CAN et comme pour la première phase nous avons fait le bilan de la compétition avec notre expert et entraîneur des U23 de Southampton, l’ex-international Radhi Jaïdi. On espère que vous allez apprécier autant que nous avons eu plaisir à écouter l’analyse pertinente du vainqueur de la CAN 2004. Bonne lecture et n’hésitez pas à réagir sur nos réseaux sociaux ou sur notre forum.

TF : Comment as-tu trouvé cette demi-finale ?

RJ : Contre le Sénégal, c’était un match avec beaucoup de pressions. Je l’ai senti chez les joueurs notamment sur les occasions qu’on a eues et qu’on a ratées. J’étais un peu surpris par Khenissi qui est plutôt un buteur et un finisseur et qui a raté deux occasions nettes.

On a joué avec une tactique sans surprise en 4-3-3. Skhiri en pivot défensif, les attaquants avec le même schéma que face au Ghana et une défense centrale qui était la meilleure. Elle était constante, sans beaucoup de fautes graves et très compatible. Ce qui est une satisfaction pour moi. Il reste toutefois le problème des latéraux. Kechrida face au Ghana, Drager face au Sénégal et de l’autre côté Haddadi toujours au poste.

Pour ce qui est du match, on l’a bien entamé avec une densité, un bon tempo de jeu, des attaques placées en exploitant les espaces entre les joueurs ou derrière les joueurs sénégalais, etc. Peut-être un petit détail technicotactique, nos joueurs ont toujours l’intention de venir bas pour récupérer le ballon surtout les milieux de terrains offensifs. Sassi et Skhiri étaient bien à leur place alors que Ben Mohamed ne l’était pas. C’est un arrière gauche. J’aurais plutôt mis Chaaleli qui a joué la fin de la rencontre, je l’aurais mis dès le début quitte à le sortir au bout de 45mn si besoin surtout en marquant un but et en mettant Ben Mohamed qui est plus défensif. C’est un joueur offensif, mais qui n’est pas souvent monté notamment dans nos attaques placées. Il était trop bas et n’a pas voulu avoir le ballon, il était un point d’interrogation dans notre milieu quand on voulait attaquer surtout quand le Sénégal a commencé à nous presser haut et que nous n’avons pas pu sortir correctement le ballon. On a commencé à le balancer devant et ce n’est pas notre jeu.

Au fur et à mesure du match, on a perdu notre fraicheur surtout devant avec Msakni et Khazri qui n’ont pas pu créer des duels un contre un dans la dernière zone de terrain pour avoir plus de chance. On a quand même créé quelques occasions, la transversale de Khazri, les occasions de Khenissi, etc. Malgré les difficultés de la première mi-temps, on a quand même résisté face à un Sénégal qui n’était pas au top. Les Sénégalais avaient à mon avis peur de la Tunisie. La seule chose où ils étaient dangereux c’est dans les mouvements de Sadio Mané, et les une-deux derrière la défense ou encore les individualités. Il n’y a pas eu une grosse équipe contre nous. Ils étaient à notre portée. On a fini la première mi-temps avec le sentiment qu’on peut avoir une autre réaction et marquer des buts même si on était fébrile surtout sur les côtés. Drager était pas mal défensivement à part une ou deux occasions de Mané qui l’a dépassé.

La deuxième mi-temps, l’entrée était très positive et je ne sais pas pourquoi on n’a pas pu marquer un but dans ce début de 2e période avec Sassi ou Khenissi. Après il y a eu le pénalty. Un tel pénalty décisif doit être pris au sérieux même si je pense que Sassi a été sérieux dans son attitude. Je ne peux pas douter de ça, mais la façon dont il a été exécuté on ne peut pas marquer comme ça. Quelqu’un avec de l’expérience comme Sassi, qui a déjà démontré qu’il est confiant dans les pénaltys, doit toujours être sans défauts et sans fautes. Rater un pénalty dans un tel moment face au Sénégal ça amène du stress et laisse les joueurs gamberger. Ajouté au stress d’une demi-finale et l’attente de 12 millions de supporteurs, on peut comprendre la psychologie des joueurs à ce moment. Ceci explique notre fébrilité et notre manque de confiance.

Il y avait donc des hauts et des bas, mais malheureusement le Sénégal a marqué un but à cause d’une erreur de gardien. La Tunisie est la seule équipe à avoir utilisé trois gardiens dans ce tournoi, ça se voit donc dans le résultat. La question reste quand même entière dans le choix du gardien par l’entraineur. Chacun a des points forts et des points faibles, mais il faut décider d’une hiérarchie et donner la confiance à un seul gardien qui devient principal même s’il fait des fautes en lui donnant confiance pour avoir de la continuité. 90% des buts encaissés, c’est la faute des gardiens. Pourtant on a une longue histoire de bons gardiens en Tunisie, depuis Attouga. D’habitude, on a des gardiens avec une forte personnalité qui nous font gagner des matchs, mais cette fois-ci c’est le contraire qui s’est passé avec tout mon respect pour les gardiens d’aujourd’hui et des joueurs qui donnent tout pour l’équipe nationale.

On aurait pu battre le Sénégal. La deuxième mi-temps même avec les contrattaques sénégalaises et surtout si on avait résisté jusqu’au bout dans les prolongations on aurait à coup sûr gagné les tirs au but. Ils avaient peur d’y arriver. Ils ne voulaient pas aller aux pénaltys. Ils ont accéléré lors des prolongations pour éviter ça. Il ne faut pas oublier que la pression était plus sur le Sénégal qui sur papier était le favori de ce match.

Les Tunisiens ont été très déçus par rapport au rendement général de notre équipe nationale, moi globalement je trouve que c’est extraordinaire qu’on soit arrivé en demi-finale avec les choix de l’entraineur, l’effectif qu’on avait, l’âge des joueurs aussi. Que pouvions-nous avoir de plus ? Il faut à mon avis protéger cette génération. Il y a ceux qui vont devenir le futur de la sélection et il y a d’autres joueurs qui devront à mon avis arrêter la sélection. Ils doivent soit travailler plus pour allonger leur carrière en sélection, soit se concentrer sur leur carrière en club et céder la place aux jeunes pour travailler et avoir leur place. L’entraineur, que ça soit Giresse ou un autre doit passer un coup de tamis pour préparer une équipe basée sur cette équipe. Par exemple, j’étais très content du duo Bronn-Meriah en axe central. Ils ne vont que progresser inch’Allah. Meriah devra juste aller dans un championnat plus performant pour augmenter sa qualité. Il a un bon avenir en équipe nationale, lui, Bronn, Skhiri, Kechrida aussi, mais il a besoin d’un conseil professionnel. Kechrida avait beaucoup d’énergie et de volonté, mais a des doutes sur ses mouvements et des déchets. Il devra être mis dans sa position de prédilection et le laisser là-bas pour acquérir plus d’expérience et de compétence. Le premier match j’aurais plutôt mis Sassi à la place de Kechrida. Il y aurait pu avoir Nagguez aussi. Quand on voit la position basse de l’arrière droit face à l’Angola, on aurait pu avoir un Nagguez qui monte plus et amener le surnombre.

Nous avons une jeune équipe qui est en train de se former à qui il faut lui donner du temps. Leur donner le support convenable, l’entraineur doit s’imprégner plus de la mentalité tunisienne de l’équipe. Il lui faut un staff avec un niveau de professionnalisme haut et une hiérarchie claire et définie. C’est à l’entraineur de prendre toutes les décisions. On a entendu qu’il a eu du staff avec de l’ingérence et il faut éviter ça. Moi je suis positif pour cette équipe-là avec des petits ajustements.

TF : Sur le staff justement, Giresse et Kanzari qui est imposé par la FTF ne s’entendent pas bien. Avec l’arrivée des joueurs olympiques, la FTF a ajouté Ben Balgacem et Boussaïdi, mais les relations semblent bonnes avec le sélectionneur national. Même si la question est un peu délicate, que faut-il faire selon toi ? Est-ce qu’il faut continuer avec Giresse comme ça ou faut-il plutôt lui laisser la possibilité de choisir son staff ?

RJ : Pourquoi ? On ne lui a pas donné le choix de choisir ses adjoints ?

TF : Non. C’est la fédération qui a choisi.

RJ : Moi je pense que l’entraineur a tous les droits de choisir son adjoint. Même si on veut un Tunisien à côté de lui, il faut qu’il choisisse parmi une liste qu’on lui prépare. Il doit pouvoir les fréquenter, les interviewer, leur parler, leur donner une période d’essai et après il choisit même si on veut le restreindre à un staff tunisien. On ne peut imposer quelqu’un sur l’entraineur. Malgré les compétences de Maher Kanzari, on ne peut pas faire ça. C’est un poste très délicat. L’entraineur a besoin de quelqu’un en qui il a confiance, de quelqu’un qui comprend sa mentalité, quelqu’un qui réduit les bruits, ces petits détails qui peuvent le déconcentrer. Tout ça est très important pour aider l’entraineur à prendre la bonne décision. Et surtout, c’est lui seul qui doit la prendre, ce n’est surtout pas l’adjoint dont le rôle se limite à donner les faits, les éléments pour que l’entraineur décide. Parfois, l’entraineur décide sans rien dire. C’est lui qui décide. Le rôle de l’adjoint est de tout faire pour le soutenir. C’est ça la relation entre l’entraineur et ses adjoints. C’est un poste très délicat. Imposer quelqu’un sur un autre n’est pas positif. Ça ne peut pas aider.

TF : Espérons que la suite sera encore meilleure.

RJ : Il y a beaucoup de positif. Il y a aussi des petites choses à régler. Malheureusement en Tunisie, nous sommes un peu long dans la prise de décision et préparer à long terme. Il n’y a pas d’assurance. L’entraineur dès qu’il arrive avant même de commencer est déjà menacé de partir. Les gens qui sont en charge eux même ne se sentent pas en sécurité. Ça donne un effet domino.

Pourtant je pense que nous avons les fans les plus faciles à gérer. Il y a à mon avis deux comportements possibles. Il y a celui de Roger Lemerre qui a fermé la porte sur tout le monde. Tout le monde doit dans ce cas être très engagé. C’est ce que nous avons fait en 2004 et jusqu’en 2006. Il était professionnel, mais rigide avec les médias. Nos médias sont très sentimentaux et épineux. Les médias devraient plutôt être factuels et laisser le public prendre la décision. Il y a le deuxième comportement qui est de faire le jeu des médias et passer aussi les bons messages et dire la vérité. Leur dire que nous avons une équipe jeune, qu’on ne va pas gagner la coupe d’Afrique, mais que nous allons construire pour la prochaine. Si on ne gagne pas la prochaine, il faudra rendre des comptes. Mais si on arrive en demi-finale ou même gagner avec cette équipe les gens vont plutôt être agréablement surpris. Pourquoi faut-il leur mentir et dire qu’on va gagner ou même quand on entend les gens en parler il faut les arrêter et corriger les objectifs. Même si on peut toujours avoir envie de gagner la coupe il faut expliquer au public pourquoi nous n’avons pas encore ces moyens et pourquoi nous préparons une future équipe forte avec des joueurs qui viennent à peine de démarrer avec l’équipe nationale. Il faut leur expliquer que nous avons commencé une stratégie à amener des joueurs binationaux de France, d’Allemagne et qu’on construit une bonne équipe. Avec cette explication, le public va avoir une autre perception sur notre parcours. Ce n’est juste pas possible comment ils ont traité Alain Giresse. Même Roger Lemerre à l’époque ils l’ont insulté partout.

À mon avis, il faudrait probablement un Tunisien qui connait la Tunisie qui a la compétence de l’extérieur. Nous avons besoin d’un Tunisien professionnel. Qui n’existe pas aujourd’hui en Tunisie. Il doit construire une ambiance, un environnement, un contexte bien adaptés aux joueurs. Même si Giresse a du bagage et de l’expérience il n’a pas eu suffisamment de temps avant la Coupe d’Afrique pour créer cette ambiance adéquate. Le fait d’être tunisien va juste accélérer cette phase et peut être un avantage.

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Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.
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