Posts by Safsaf

    La modernisation en Tunisie qui était quand même le pays le plus développé du Maghreb à été entamé de façon pas très réfléchie, au lieu de miser sur l'enseignement comme le facteur essentiel le bey s'est lance dans des dépenses de prestige d'obtenir il n'avait ni l'argent ni les moyens techniques de faire comme la restauration de l'aqueduc de zaghouan ou la construction du palais du Mohamedia, et la colonisation de l'Algérie au contraire à fait peur aux beys Tunisiens car c'était prévisible que le tour de la Tunisie viendra aussi que la France à grignote de notre territoire et c'était la raison pour la laquelle la France à participe à la guerre de Crimée aux côtés des Ottomans contre la Russie pour montrer qu'on a une armée moderne et surtout pour être plus protège par les ottomans

    C'est vrai que l'élan modernisateur entamé par la dynastie Husseinite était dans une certaine mesure trop présomptueux et probablement quelque part inadapté à certains enjeux.

    Cela étant dit le prestigieux collège Sadiki inauguré par Sadok Bey à l'initiative du grand et éclairé diplomate Kheiredinne Pacha a permis de former les élites tunisienne bilingue (arabe - français) destinées à occuper des postes à hautes fonctions dans l'administration,, des fonctions libérales et dans certains cas des portefeuilles ministériels, sans être exhaustif nous pouvons citer Taieb Djellouli (grand vizir), Mustapha Denguezli (1er ministre), Khelil Bouhageb (1er ministre), Hédi Lakhoua (1er ministre), M'hamed Chenik (1er ministre) et tant d'autres personnalités.

    La majeure partie des membres du Destour et du Néo Destour ont étudié dans ce collège.


    En somme, le collège Sadiki constituait le vivier des élites tunisiennes.


    Je tiens à préciser qu'il n'y avait pas d'entre soi (aristocratie tunisoise) dans ce collège, les étudiants admis provenaient de l'ensemble du pays, on retrouvait de nombreux étudiants originaires du Sahel (Akouda, Msaken, Monastir) par exemple et aussi de l'intérieur du pays.


    Et même dans la politique culturelle, la Tunisie avait La Rachidia.

    Safsaf peut-être comme le dit l'auteur Napoléon 3 était un humaniste mais le changement de politique de la françe était aussi dû à la forte résistance qu'ils ont affronté en Algérie c'est pourquoi après ils ont changé de politique au lieu de la colonisation directe ils ont opté pour le protectorat en laissant sur place l'ancienne administration que ce soit en Tunisie ou au Maroc.

    La Tunisie pendant cette période à été affaiblie économiquement surtout après la visite de Ahmed Bey en France ou on lui faisait voir les joyaux de l'architecture française et on disait qu'il ne cessait de répéter le mot ez.. Pour montrer son émerveillement, à son retour il entreprit de construire un Versailles Tunisien a El mohamedia qui finit par ruiner l'État et devenir une proie facile pour la France.

    La modernisation amorcé par Ahmed Bey s'est heurté à une société traditionnelle, archaïque et dans certains cas tribales, mêmes les citadins ne voyaient pas d'un bon oeil les réformes entreprises par le bey car elles craignaient de perdre leurs privilèges et de voir par conséquent leurs traditions diluées dans cet élan modernisateur, d'où leurs résistances à ce processus.



    Les relations franco-tunisiennes étaient excellentes sous les régimes de l'Empire et de la Monarchie de Juillet, la dynastie Husseïnite cherchait à s'attirer les faveurs de la France pour prendre son émancipation définitive vis à vis de l'Empire Ottoman qui demeurait un obstacle à cette volonté d'autonomie, cette menace était incarnée par l'Algérie qui était occupé par l'Empire Ottoman, c'est pour cette raison que la dynastie Husseinite a bien accueilli la colonisation de l'Algérie par la France, qui s'est traduit par l'édification d'une cathédrale en l'honneur de Saint Louis à Carthage à l'initiative de Hussein II bey.


    Le changement majeur dans la doctrine diplomatique de la France s'est opéré lors du passage du Second Empire à la République (qui est le véritable catalyseur de la colonisation) et le congrès de Berlin qui s'en suivi a rendu inéluctable la colonisation.

    Dernière partie :


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    En Tunisie, la nuée de spéculateurs et d’aigrefins qui s’était abattue sur la régence pour tirer cyniquement profit des déboires financiers de l’Etat beylical donnait des Européens une bien mauvaise image. La corruption qui affectait aussi bien certains personnages tunisiens puissants qu’une partie des milieux consulaires et européens ajoutait au dégoût que ressentaient les gens honnêtes. Ainsi la soi-disant remise en état de l’aqueduc romain pour une somme faramineuse, entreprise, en 1859, dans des conditions douteuses par l’ingénieur Colin, un protégé du consul Roches, ne fit qu’accélérer la faillite de l’Etat beylical. En revanche, la découverte par une partie des élites tunisiennes de l’Europe, de ses institutions et de ses prouesses scientifiques et techniques, constituait un vif encouragement à engager le pays dans la voie des réformes. Et de tous les Etats européens, c’est assurément la France du Second Empire qui nourrit la réflexion d’un réformiste avisé comme le grand vizir Khérédine.



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    Malheureusement, l’époque n’était guère propice à la réalisation des grands desseins. Napoléon III incarna avec grandeur l’arabophilie française mais son règne coïncida avec le moment le plus agressif de l’expansion européenne, c’est-à-dire celui du harcèlement des Etats orientaux par les requins de la finance. Dans un tel contexte d’opérations usuraires et d’intrigues, il ne restait guère de place aux idées généreuses de l’Empereur. Entre Napoléon III et la Tunisie se dressa le barrage des spéculateurs et des prévaricateurs. Les manœuvres de ce qu’un pamphlétaire, Gabriel Hugelmann, avait appelé «les secrétariats de la rue Bergère et les consulats de la rue Taitbout» (par allusion au Comptoir d’Escompte et au banquier Erlanger installés dans ces deux rues de Paris) n’allaient certes pas dans le sens d’un rapprochement entre les peuples. Il faut garder présent à l’esprit la férocité de cette période précoloniale pour imaginer ce qu’aurait pu, ce qu’aurait dû être, dans un autre contexte, les relations entre les deux Etats. Mais malgré tout, la dynastie tunisienne avait senti ce que les idées de l’Empereur avaient de grand et de généreux. Aussi, les beys husseïnites n’ont cessé d’entretenir le souvenir de l’amitié impériale. Dans la grande salle du trône du Bardo, jusqu’à l’abolition de la monarchie en 1957, se trouvaient en bonne place deux portraits de Louis-Napoléon Bonaparte : un tableau équestre du prince-président et un superbe portrait en pied de l’Empereur dans un cadre surmonté des armes impériales et comportant la dédicace : «Napoléon III à Sadak (sic) pacha bey de Tunis». A ces deux portraits s’ajoutait un splendide tableau, œuvre du peintre grenoblois Debelle, représentant, au moment du départ du prince tunisien, l’Empereur et le Bey à cheval se serrant la main et entouré des dignitaires français, la poitrine barrée du grand cordon de l’Iftikhâr et des dignitaires beylicaux décorés de la Légion d’honneur. Ce tableau qui illustre si bien la vieille amitié franco-tunisienne est aujourd’hui un des fleurons des collections historiques de l’Etat conservées au palais de Kassar-Saïd. De manière plus nette, les beys exprimèrent jusqu’à la fin leur fidélité au souvenir de l’Empereur. En effet, à partir de 1881, alors même que les résidents généraux, dépositaires des pouvoirs de la République, remettaient aux beys, lors de chaque investiture, la plaque à l’effigie de Marianne, les monarques tunisiens ne cessèrent d’arborer sur leur grand uniforme les insignes de Grand-Croix de la Légion d’honneur aux armes de l’Empire, décernée par Napoléon III à Sadok Pacha Bey lors de la rencontre d’Alger. Les hauts fonctionnaires du protectorat eurent l’élégance de ne pas s’en froisser, se conformant, en la matière, à une certaine idée de la France, celle-là même qui, aujourd’hui encore, est chère aux élites tunisiennes et dont l’illustre précurseur fut Napoléon III..


    Auteur : Mohamed-El Aziz Ben Achour

    Source : https://www.leaders.com.tn/art…ii-a-alger-septembre-1860

    Suite :


    C’est ce chef d’Etat bien disposé à l’égard des Arabes et des musulmans que le bey de Tunis Sadok Pacha rencontre à Alger à l’occasion de la visite de l’Empereur et de l’Impératrice Eugénie les 17, 18 et 19 septembre 1860. A l’époque, la régence de Tunis était en pleine réforme institutionnelle. En 1857, la Charte des droits des sujets du bey et des résidents étrangers (‘Ahd al Amân ou Pacte fondamental) était promulguée. Des conseils consultatifs étaient créés, des institutions administratives et judiciaires mises en place. La municipalité de Tunis est créée en 1858. On préparait aussi la promulgation d’une constitution, la première du genre dans le monde musulman. Les représentants diplomatiques de puissances européennes (principalement la France et la Grande-Bretagne) jouaient, en la matière, un rôle de première importance et non dénué d’ambiguïté. Le Consul de France Léon Roches (1855-1863), soucieux de préserver la prééminence de son gouvernement auprès du Bardo et de montrer la puissance de la France devenue la voisine directe de la Tunisie, conseilla ainsi au bey de se rendre à Alger afin de saluer l’Empereur et de lui remettre la primeur de la constitution. La proposition fut accueillie favorablement et Sadok Bey embarqua pour l’Algérie accompagné du Premier ministre Mustapha Khaznadar, de Mustapha Agha, ministre de la guerre, du général Husseïn, de Mohamed Baccouche, secrétaire du Premier ministre et d’Elias Mussali, premier interprète, conseiller aux affaires étrangères. Bien entendu, Léon Roches était du voyage. Au cours du dîner, organisé au Palais d’hiver, le Bey de Tunis, nous dit l’historien René Pillorget, porta un toast en disant sa fierté d’être le premier souverain musulman reçu par l’Empereur des Français et celui-ci dans sa réponse l’appela son «grand et bon allié». Le lendemain, Napoléon III et Sadok assistèrent à la revue des troupes. Lors de cette visite, on procéda, comme de coutume, à un échange de cadeaux et de décorations. A l’occasion de la remise du texte de la constitution, l’Empereur rendit hommage à l’engagement réformiste du monarque tunisien. Les relations entre les deux familles régnantes allaient encore prendre une forme protocolaire au moins à deux reprises. En 1861, le prince Napoléon, cousin germain de l’Empereur, vint à Tunis saluer le bey Sadok et s’entretenir avec lui de la politique régionale. Il semble que, lors d’un échange autour du thème de l’autonomie tunisienne par rapport à Istanbul, il fut même question d’un surprenant projet d’annexion de la Tripolitaine avec l’appui, souhaité par le Bardo, de la France. Mais la véracité de cet étrange épisode reste à prouver. En juin 1865, à l’occasion du deuxième séjour de l’Empereur en Algérie, le prince Taïeb, frère du Bey, se rendit à Bône pour lui présenter ses hommages.


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    Tout cela confirmait, aux yeux de tous, l’excellence des rapports entre l’Etat tunisien et la France du Second Empire. Celle-ci, comme celle de la Monarchie de juillet, lorsque Louis-Philippe, en 1846, reçut Ahmed Pacha Bey avec tous les honneurs réservés aux souverains (Leaders, septembre 2016), flattait certes l’amour-propre d’une dynastie dont elle appréciait qu’elle cherchât avec un certain succès à se détacher de la Sublime Porte et, par conséquent, à entrer immanquablement dans sa mouvance africaine. Mais l’Empereur rendait aussi hommage à l’effort tunisien pour accéder à la modernité politique. Sadok Bey venait en effet à Alger saluer son illustre et puissant voisin mais il lui accordait aussi le privilège de lui remettre, avant même sa promulgation, le texte de la constitution (Qanûn). A l’égard de la Tunisie, voisine d’une Algérie dont le sort des populations indigènes le préoccupait au plus haut point, l’Empereur, attaché au principe des nationalités, respectueux de la culture arabe et musulmane, ne pouvait qu’avoir de la sympathie pour cet Etat beylical qui défendait avec une constance parfois pathétique son autonomie politique et son identité tunisienne. La chaleur de l’accueil qu’il réserva à Sadok Pacha Bey et que l’historiographie n’appréhende le plus souvent que comme une défense étroite des intérêts français en Afrique du nord, doit être, pensons-nous, appréciée aussi de ce point de vue.



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    Ce moment privilégié dans les relations franco-tunisiennes fut d’autant plus mémorable qu’en ces années 1860, le gouvernement impérial, comme l’a bien montré l’historien Jean Ganiage, ne songeait guère à annexer la régence. Et même, plus tard, lors de la grande insurrection, dite de Ben Ghedahem, qui embrasa le pays en 1864, ou encore lors des grandes difficultés politiques et financières de l’Etat beylical en 1867-68, l’idée d’une occupation française, proposée par les consuls, fut nettement repoussée. Le Second Empire a fait, au contraire, tous ses efforts pour soutenir le trône husseïnite. Jusqu’en 1870, le gouvernement impérial adoptera à l’égard de la petite voisine de l’Algérie une politique qui, jamais, ne fut agressive en dépit des pressions des milieux financiers auprès desquels l’Etat tunisien, pris à la gorge, avait contracté des prêts ruineux. J. Ganiage ajoute: «Aucune étude militaire sur le terrain n’était venue préparer les étapes d’un mouvement offensif. (…) En 1867, le ministre de la guerre, le maréchal Randon, ancien gouverneur général de l’Algérie, traduisait cette opinion dans une note sur la question de la frontière tunisienne où il concluait au statu quo». Cette doctrine du statu quo, inaugurée sous la Monarchie de juillet, visait à empêcher toute intervention du gouvernement ottoman dans la régence de Tunis et, simultanément, à ne pas susciter, par une opération militaire en Tunisie, toujours juridiquement vassale de Stamboul, l’ire non seulement des Turcs mais aussi des autres puissances européennes en compétition avec Paris. Cette fermeté dans l’option de non-intervention armée fut d’autant plus méritoire que le gouvernement français était non seulement soumis aux pressions des créanciers de l’Etat tunisien, très influents au Quai d’Orsay mais qu’il était aussi, à ce moment crucial, très mal assisté par un consul comme de Beauval (1863-1865). Des historiens spécialistes de la période, dont Marcel Emerit, considèrent que ce diplomate fut réellement un trublion, persuadé, en raison de son amitié avec Madame Cornu, amie d’enfance de l’Empereur, qu’il avait les coudées franches. Il joua en 1864 un rôle dangereux par des contacts intempestifs avec les insurgés sans en référer à ses supérieurs. Même Léon Roches, malgré sa connaissance des hommes et des choses de l’Orient musulman, malgré son rôle dans l’organisation du voyage de Sadok à Alger, a commis bien des imprudences habilement exploitées par son rival, le consul anglais Richard Wood.

    Un moment fort de l’amitié tuniso-française : Sadok Pacha Bey et  l’Empereur Napoléon III à Alger (septembre 1860)


    De tous les chefs d’Etat français et européens qui, au cours de l’histoire et en particulier au XIXe siècle, c’est-à-dire à l’apogée du sentiment de supériorité de l’Occident, Napoléon III fut, sans conteste, le plus attentif au sort des populations musulmanes conquises, le plus respectueux de leur héritage culturel, le plus en avance sur son temps en matière d’association des élites autochtones à la gestion du vaste territoire algérien qui, depuis 1830, était sous la domination française. Sensible aux idées saint-simoniennes de fraternité et de rapprochement entre les races et les peuples, il s’engagea avec détermination dans la mise en œuvre d’une politique inédite visant à assurer la stabilité en Algérie par une série de mesures en faveur des populations autochtones qui s’inscrivaient dans le rêve napoléonien d’un «royaume arabe».


    Cette vision rompait résolument avec la politique mise en œuvre depuis la prise d’Alger en 1830 et qui, hormis de rares tentatives de négociations et d’alliances tel le projet du maréchal Bertrand Clauzel (Leaders, octobre 2016), privilégiait systématiquement le choix brutal du refoulement des populations algériennes, de leur massacre et du pillage de leurs biens et de leurs récoltes.

    A l’origine, dans l’esprit de l’Empereur, nous dit l’historien Daniel Rivet, les quinze millions d’Arabes soumis au «joug» ottoman constituaient une nationalité potentielle dont il pourrait hâter la formation, comme il l’avait fait pour l’Italie. Le royaume arabe devait, sous la protection de la France, s’étendre d’Alger à Bagdad. «Un royaume où régnerait l’égalité entre indigènes et Européens ». Le respect mutuel entre Napoléon III et Abdelkader avait permis de songer à ce dernier comme une sorte de vice-roi d’un territoire centré autour de Damas, où l’émir s’était installé depuis sa libération par l’Empereur en 1852. Consulté en 1865, le grand chef algérien refusa de se compromettre dans ce projet chimérique, pour ne pas dire ridicule, et de surcroît ouvertement hostile au Sultan, commandeur des croyants. Repliée sur l’Algérie, la politique arabe de Napoléon III s’articula autour de principes respectueux des populations conquises. Il dénonçait vigoureusement «les intellectuels colonialistes qui voulaient perpétuer les droits despotiques du Grand Turc et invoquaient le droit de conquête pour refouler toute la population arabe dans le désert et, ajoutait Napoléon III, lui infliger le sort des Indiens d’Amérique du nord, chose impossible et inhumaine». Le 17 septembre 1860, à peine arrivé à Alger, il s’adresse à la population française en ces termes : «Dans nos mains, la conquête ne peut être qu’une rédemption et notre premier devoir est de nous occuper du bonheur de trois millions d’Arabes que la conquête a fait passer sous notre domination. (…) Elever les Arabes à la dignité d’hommes libres, répandre sur eux l’instruction tout en respectant leur religion, améliorer leur existence, (…) telle est notre mission. Nous n’y faillirons pas». Cet engagement solennel fut suivi d’un ensemble d’instructions données au gouvernement général de l’Algérie: «Au lieu d’inquiéter les Arabes par le cantonnement, il vaut mieux les rassurer en leur concédant des terres. (…) Au lieu de les repousser dans le désert, il faut les attirer dans les plaines fertiles». Dans une lettre adressée en février 1863 au gouverneur général Pélissier, il répète que l’Algérie est un royaume arabe et que les indigènes ont, comme les colons, un droit égal à sa protection. Enfin par le sénatus-consulte du 22 avril 1863, la France reconnaissait aux tribus arabes la propriété des territoires dont elle avait la jouissance traditionnelle à quelque titre que ce fût. De retour en Algérie au printemps 1865, l’Empereur, escorté par Ismayl Urbain, un interprète saint-simonien auquel il devait beaucoup en matière de politique arabophile, réitère ses appels à un relèvement du sort des autochtones. En juillet de la même année est promulgué un deuxième sénatus-consulte qui fixe le statut des personnes et décide que «l’indigène musulman est Français mais régi par la loi musulmane». Ce programme en avance sur son temps se heurta cependant à deux obstacles de taille : l’hostilité virulente des milieux colons et européens auxquels Napoléon III avait pourtant demandé de traiter les Arabes «comme des compatriotes» et de la mauvaise volonté des chefs militaires et de l’administration, déroutés par le caractère audacieux d’une politique que la mentalité raciste de l’époque ne pouvait admettre. En 1870, l’effondrement du Second Empire à la suite de la défaite face aux Prussiens interrompit brutalement la mise en œuvre déjà ardue des mesures décrétées par l’Empereur au bénéfice des populations musulmanes. La IIIe République, créée le 4 septembre, prit le contrepied des mesures de Napoléon III. Dès le mois d’octobre, une série de décrets substituait un gouvernement civil (depuis toujours hostile à la politique algérienne de l’Empire) au gouvernement militaire. Absolument favorable au milieu colonialiste, elle octroya six députés aux 30.000 électeurs français et supprima la représentation des musulmans. Elle suspendit, bien entendu, l’application du sénatus-consulte de 1863. Le 24 octobre 1870, le Décret «Crémieux» (du nom du ministre de la Justice) naturalisa en bloc tous les juifs algériens, alors que les musulmans se trouvaient soumis à un régime discriminatoire en vertu du Code de l’indigénat. La loi de 1873 facilita la cession des terres indigènes aux Français et les écoles «arabes-françaises» qui étaient destinées à créer un pont entre les cultures et une ouverture sur la modernité au bénéfice des autochtones furent supprimées. Il s’agissait là d’une véritable régression qui allait peser durablement, et souvent tragiquement, sur le destin de l’Algérie et des relations franco-algériennes. Par contre, la hauteur de vue de «Louis-Napoléon le Grand», pour reprendre la belle expression de Philippe Séguin, aurait évité aux deux peuples, si elle avait été comprise par les contemporains du souverain, bien des malheurs.



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    Très interressant tu en penses quoi saf saf ???

    Qu'on peut regretter et déplorer la chute de la dynastie Karamanli car elle avait permis de donner un caractère pré nationale à la Libye et si elle s'était maintenue au pouvoir elle aurait éventuellement pu détribaliser cette région en faisant naitre un sentiment national.

    Surtout que nous aurions tiré profit de nos relations historiques avec cette dynastie puisque c'est Hammouda Pacha dans sa politique de déturquification et les troupes beylicales qui ont renversé le général ottoman Ali Boghol pour réinstaller les Karamanli à Tripoli, ce qui légitimerait l'exercice de notre influence politique dans ce pays mais aujourd'hui nous sommes hélas hors jeu sur tous les plans....


    Autre chose d'aussi intéressant dans cet article, l'auteur relève à juste titre que les révoltes tribales et insurrections (légitimes ou pas là n'est pas la question) ont été souvent instrumentalisées par les puissances occidentales et l'Empire ottoman dans certains cas, ce qui peut nous amener à penser que la révolte de 1864 en Tunisie contre la politique fiscale (mejba) Husseinite a potentiellement pu être récupéré par des puissances occidentales, il me semble avoir lu quelque part un article allant dans ce sens, chose qui démantèlerait le récit mythique autour d'Ali Ben Ghadeham, cela déplairait fortement à certains, mais ça c'est autre chose.

    La dernière partie :


    A Tripoli comme au Bardo, on savait pertinemment que la dissidence bédouine faisait le jeu de la grande Puissance maîtresse de l’Algérie, et qu’il fallait donc contrer toute velléité de soulèvement. Le 20 septembre 1856, une colonne militaire équipée de canons, placée sous le commandement du général Rachid, gouverneur du Sud-Est (El A’râdh), quitta Sousse avec pour instruction de débarrasser la région de Ghouma et de ses Mhamîd.



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    Au bout de six mois d’escarmouches, de pousuites et de canonnades, durant lesquels les troupes beylicales bénéficièrent de l’appui de grands chefs bédouins et de leurs cavaliers tels, nous dit l’historien Mustapha Tlili, qu’Ahmed ben Youssouf al Nsîrî, caïd de la puissante et généralement loyale tribu des Hammâma, le cheikh libyen abandonne la partie et s’enfuit dans le désert où il mourut (ou fut tué?) en 1858. Que retenir de tout cela sinon que le caractère chevaleresque, parfois héroïque, de ces fiers bédouins en lutte pour la liberté avait malheureusement quelque chose d’altéré?. Et cela à cause de la manipulation dont leur enthousiasme faisait l’objet de la part des puissances étrangères. C’est ainsi qu’un chef plein de bravoure comme Ghouma fut aussi, en même temps, l’instrument de la France dans sa politique maghrébine hostile à la présence ottomane. Signe des temps, ces rebelles n’étaient d’ailleurs pas que de vaillants cavaliers maniant le sabre ou le fusil. Ils menaient aussi une sorte d’activité diplomatique qu’attestent leurs contacts avec les consuls européens et leurs tentatives de jouer sur les rivalités entre les puissances. L’historien Ahmed Ben Dhiaf, contemporain des événements, note que le rebelle tripolitain échangeait fréquemment des lettres avec Léon Roches, tandis que les chercheurs Salem Halleb et Lamjed Bouzid ont étudié des documents relatifs aux contacts entre le cheikh des Mhamîd et G.H. Warrington, consul d’Angleterre à Tripoli de 1814 à 1846. L’historien libyen Mohamed Mh. Twir a publié en 2003 deux lettres du cheikh Abd El Gelil. L’une, datée du 25 joumada I 1255/6 août 1839, est adressée au «Sultan de Fès» tandis que la seconde, en date du 7 rabîi I 1258/ 18 avril 1842, est destinée au Maréchal Soult, président du conseil des ministres de France, dont le cheikh des Ouled Slimane, apparemment en détresse, sollicite la protection et son intervention auprès du gouvernement turc pour mettre fin aux hostilités «pour le plus grand bien, écrit-il, de notre commerce et du vôtre».

    Au terme de cette brève étude, il convient de rappeler que les relations historiques étroites entre les populations des confins tuniso-tripolitains et l’habitude des déplacements de part et d’autre des limites administratives avaient permis au cheikh Ghouma et ses partisans de trouver un refuge en quelque sorte naturel en territoire tunisien.


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    Plus tard au moment de la conquête française de la Tunisie, les tribus allaient, à leur tour, trouver refuge en Tripolitaine avec le vain espoir de revenir au pays en avant-garde des troupes ottomanes. Autre élan de dignité et de courage, autre cruelle désillusion. Mais ceci est un autre épisode des relations de la Tunisie avec sa voisine de l’est dans un contexte déjà ancien et, hélas, toujours d’actualité, c’est-à-dire un contexte dominé par des interférences étrangères massives dans le destin de nos peuples.



    Auteur : Mohamed-El Aziz Ben Achour

    Source : https://www.leaders.com.tn/art…oudi-dans-le-sud-tunisien

    La suite de l'article :


    Les choses semblaient rentrer dans l’ordre sans conséquences fâcheuses pour la Tunisie. La rumeur courut, cependant, que l’amiral, une fois sa mission accomplie à Tripoli, viendrait à La Goulette pour réaffirmer, de manière plus énergique que de coutume, la légitimité turque sur la province de Tunis. Pour parer à toute éventualité, la France adressa au bey de Tunis une lettre comminatoire dans laquelle elle précisait que la marine Royale avait reçu l’ordre, si cela venait à se produire, d’utiliser tous les moyens pour empêcher la flotte turque d’arriver à Tunis.

    A Tripoli, si l’ordre ottoman était bel et bien rétabli et les autorités maîtresses du littoral et des voies commerciales reliant la Méditerranée à l’Afrique subsaharienne, la sédition des tribus n’avait pas complètement disparu. En sous-main, et malgré les efforts turcs pour garder le contrôle de leur ultime province du Maghreb, les agents français entretenaient une agitation qu’ils considéraient comme favorable aux intérêts de leur nation en Algérie et propice à ses projets de pénétration et d’expansion dans le Sahara.


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    C’est dans ce contexte qu’émerge la figure de Ghouma ben Khalîfa El Mahmoudi. Cheikh de la puissante tribu des Mhâmîd qui domine le Djebel al Gharbi et les steppes de l’Ouest, il fait allégeance au gouverneur de Tripoli, à l’instar d’Abdel El Gelil Seyf El Nasr chef des Ouled Slimane au Fezzan et Mrayed, seigneur de Tarhouna. Contre le versement d’un tribut, le gouverneur reconnaît leur autonomie. «Les consuls tentent, nous dit l’historien André Martel, d’exploiter la situation. Celui de France a appuyé une demande de restauration des Qaramanli formulée par Ghouma. Une firme marseillaise a fourni des armes à Abd El Gelil et obtenu une concession d’exploitation de soufre (1840). Comment, ajoute-t-il, les Ottomans et les Anglais auraient-ils pu accepter l’éventualité d’une implantation française entre Tripolitaine et Cyrénaïque au débouché du Bornou?».

    Aussi, le gouvernement ottoman décida-t-il de mettre un terme à l’autonomie consentie naguère aux tribus et confia-t-il à l’un de ses meilleurs gouverneurs, Ahmed Pacha El Djazzar, le soin de réduire la sédition des chefs bédouins. En 1841 et 1842, la mission est accomplie. Tarhouna, Ghariane et Ghadamès, chef-lieu du Djebel el Gharbi, tombent. Ghouma fait sa soumission en juillet 1842 et est condamné à l’exil à Trébizonde, au nord de l’Anatolie. Le cheikh Abd El Gelil des O. Slimane meurt au combat. Durant ces événements, les consuls de France et d’Angleterre ne sont pas restés inactifs, nous dit A. Martel. Le Britannique aurait pris contact avec Abd El Gelil puis l’aurait abandonné sinon trahi. Le consul de France aurait poussé Ghouma à se rendre «dans l’espoir de garder un partisan des Qaramânlî sur les confins tunisiens. Intrigues qu’éclaire le déroulement de la conquête de l’Algérie». De sorte qu’on a l’impression, comme dit l’historien Xavier Yacono, que le sort des tribus n’est que prétexte à rivalités internationales.


    Exemple éloquent de la nature pervertie prise par les rébellions contre l’ordre ottoman: dans les années 1850, Ghouma réussit à s’échapper de son exil grâce à des complicités françaises, notamment celle du fameux Léon Roches (1809-1900). Cet habile serviteur des intérêts de son pays était arrivé en Algérie en 1832. Il réussit à gagner la confiance de l’émir Abdelkader et acquiert rapidement une parfaite connaissance des hommes et des choses du Maghreb. En 1852, il est nommé consul de France à Tripoli puis à Tunis en 1855 où il contribue efficacement à accroître l’influence de son pays sur le gouvernement beylical, tout en développant un réseau de relations secrètes au sein des tribus.

    Ghouma El Mahmoudi arrive donc en Afrique du Nord. En 1856, après une tentative infructueuse de reprendre pied dans son ancien fief de l’Ouest tripolitain, il franchit la frontière et se réfugie en Tunisie. Il sollicite de Mhammad Pacha Bey d’intercéder en sa faveur auprès du Sultan. Sur l’insistance du consul Léon Roches, et malgré les réserves des ministres tunisiens hostiles à une telle intervention de la part d’un diplomate étranger dans les relations entre la régence de Tunis et le suzerain ottoman, le Bey implore quand même le pardon du Padichah pour Ghouma. Il essuya un refus et il lui fut demandé, en outre, de prêter main-forte aux autorités turques de Tripoli que le sultan envisageait de faire entrer en territoire tunisien pour y capturer le rebelle. Le bey s’y oppose mais craignant que la présence du chef tripolitain n’incite certains clans tunisiens à l’agitation, il réclame que Ghouma quitte le Sud-Est tunisien et campe, ainsi que les siens, plus au nord dans la steppe kairouanaise ou mieux encore dans la plaine de Tunis. Sous la surveillance des autorités beylicales.

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    Sûr de l’appui des Français qui cherchaient à se constituer une zone d’influence aux portes de la Tripolitaine, il se dérobe, prétextant la difficulté à se déplacer pour ses nombreux partisans et leur impedimenta. Argument fallacieux quand on sait l’aptitude des bédouins en la matière. Et de fait, sa présence, nous dirions aujourd’hui militante, notamment en incitant les sujets du bey à ne pas payer l’impôt, réactive le vieil antagonisme entre les tribus du çoff Chaddad (pachistes, hostiles au Bey de Tunis) et donc promptes au soulèvement et Celles dites Youssouf (Husseïnistes). Malgré le caractère, tout compte fait, limité de l’agitation ( si les très querelleurs Béni Zid et une partie des Nafzaoua se soulèvent, les Ouerghemma, maîtres de la région, et la plupart des tribus restent sourds aux appels à la révolte), le bey ne pouvait laisser se prolonger le séjour de Ghouma et de ses partisans sans provoquer, à terme, une réaction des autorités turques de Tripoli dont les conséquences eussent été périlleuses pour la stabilité de ses Etats, étant donné la présence française au Maghreb.


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    Les événements qui se déroulent aujourd’hui dans la Libye voisine avec un arrière-plan marqué par la rupture de l’unité nationale, la vigueur des structures tribales, le rôle des milices, qui le plus souvent n’est rien d’autre que l’expression militante d’antagonismes tribaux, l’intervention étrangère ouvertement affichée ou secrète, tout cela ne constitue pas un phénomène inédit. Depuis le XVIIIe siècle au moins, ce qui était alors une province ottomane n’a pas été, loin s’en faut, une immensité désertique, parcourue par des nomades et une frange côtière plus ou moins fertile et avec ses villes portuaires et marchandes comme Tripoli, Misrata, Derna et Benghazi. La conquête de Tripoli par Sinan Pacha en 1551 a définitivement ancré cette région du Maghreb dans l’aire géopolitique méditerranéenne a été, à partir du XIXe siècle, le théâtre d’opérations stratégiques entreprises par les puissances au détriment de l’empire turc.Avec la Tunisie, les relations politiques, économiques, sociales et culturelles sont fort anciennes. A l’époque romaine, les liens entre les deux territoires ont même relevé de la même administration jusqu’à la réorganisation de la province d’Afrique par Dioclétien en 303. Au Moyen Âge, la Tripolitaine était incorporée aux émirats successifs des Aghlabides et des Fatimides de Kairouan, puis au pouvoir hafside de Tunis. Au plan humain, les contacts entre les populations étaient d’autant plus étroits que les structures tribales et le mode de vie nomade ou semi-nomade rendaient fréquents les déplacements temporaires ou définitifs. Ainsi, la confédération des Ouerghemma qui dominait le Sud-Est tunisien avait des ramifications en Tripolitaine. Certaines tribus comme celle des Nouaïl (refoulés en Tripolitaine à l’issue d’une querelle avec les Ouerghamma qui tourna à leur désavantage au XVIIIe siècle) et celle des Mhamîd, dont nous allons parler plus loin, se rattachaient, nous dit l’historien Khalifa Chater, aux Ouled Dabbab de Tunisie.


    Culturellement parlant, les dialectes, les usages, l’habillement étaient presque identiques. Dans la médina de Tripoli, l’empreinte tunisienne est nette dans l’architecture et différentes expressions artisanales et artistiques. Dans les milieux sédentaires aussi, les échanges de populations étaient fréquents: Djerbiens, Sfaxiens ou Kerkéniens, par exemple, installés en Tripolitaine et Libyens fixés en différentes régions de Tunisie, et de plus en plus à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe, ainsi que l’atteste l’onomastique.

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    Mais revenons à la géopolitique. A l’époque moderne, lors du conflit entre Turcs et Espagnols, Tripoli fut tour à tour conquise par les Espagnols en 1510 puis cédé, vingt ans plus tard, par Charles Quint aux Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean, lesquels en furent délogés par Sinan Pacha en 1551. A partir de cette date, elle devint une province ottomane administrée par un pacha nommé par le gouvernement impérial. Au XVIIIe siècle, à l’instar des beys de Tunis, les Qaramânlî entreprirent, à partir de 1711, une expérience dynastique qui se prolongea avec plus ou moins de vigueur jusqu’en 1835. Les querelles au sein de la famille avaient cependant un caractère récurrent, ce qui mettait régulièrement la dynastie de ces pachas à deux doigts de sa perte. La Sublime Porte mais aussi les beys de Tunis, qui avaient réussi à s’installer solidement à la tête du pouvoir tout en protestant solennellement et régulièrement de leur allégeance au Sultan-calife, suivaient avec préoccupation les soubresauts politiques dont Tripoli et son arrière-pays étaient le théâtre. En 1793, le pacha Ali Qaramânlî et deux de ses fils furent chassés du pouvoir par un militaire ottoman Ali Borghol dont la mission était d’assurer la stabilité et de rétablir une administration directe.


    Les princes tripolitains se réfugièrent auprès de Hammouda Pacha bey de Tunis qui les accueillit de bonne grâce. Non content de leur offrir l’hospitalité, le prince tunisien constitua un puissant corps expéditionnaire chargé d’escorter les Qaramânlî, et de les remettre sur le trône. Autre objectif assigné aux troupes beylicales: libérer l’île de Djerba qui relevait du pouvoir de Tunis depuis 1613 et qu’Ali Borghol avait occupé et rattaché à Tripoli. Le 20 janvier 1795, les troupes beylicales prennent Tripoli et Borghol est contraint à la fuite. Le gouvernement ottoman ne vit pas d’un bon œil cette entreprise mais, grâce à l’habileté du ministre Youssouf Saheb-Ettabaâ, le Sultan, conformément à une suzeraineté bienveillante, voulut bien faire preuve de mansuétude. Il confia même à l’émissaire tunisien le soin de remettre les firmans d’investiture à Ahmed II Qaramânlî en qualité de pacha et de son frère Youssouf à la dignité de bey.

    Il est vrai que malgré l’autonomie acquise par les beys husseïnites, la légitimité ottomane était encore incontestable à Alger, Tunis et Tripoli. Quelques décennies plus tard, les choses allaient changer. D’abord, sous la forme d’une pression diplomatique et militaire exercée sur les régences d’Alger, de Tunis et de Tripoli comme par exemple les guerres entreprises par les Etats-Unis contre Alger et Tripoli (les« Barbary wars») puis, à partir de 1816, sous la forme d’une suprématie des escadres occidentales en Méditerranée. La paix revenue en Europe, cette puissance navale redoutable aiguise l’appétit des chancelleries européennes. En 1830, Alger est prise. De manière progressive mais irrémédiable, la régence de Tunis entre dès lors dans la mouvance française, et son autonomie, jusque-là admise sans trop de difficultés par Istanbul, menace désormais la présence ottomane au Maghreb.

    En juillet 1835, Chakîr Saheb Ettabaâ, en mission à Constantinople pour solliciter comme de coutume le décret impérial d’investiture pour le nouveau bey, eut des difficultés à obtenir cette marque d’autonomie, qui pour le gouvernement ottoman, constituait à présent un danger. Cette défiance inusitée de la Sublime Porte à l’égard de son vassal de Tunis s’explique tout à fait. En effet, l’expansionnisme européen (France, Grande-Bretagne et, plus tard, l’Italie unifiée) ainsi que la rivalité entre les Etats n’allaient plus cesser de marquer de leur empreinte l’évolution politique des régences «barbaresques» jusqu’à l’occupation coloniale. L’Algérie occupée, la Tunisie fragilisée par des difficultés financières croissantes et sa souveraineté hypothéquée par la France, il ne restait plus à la Turquie que l’actuelle Libye, c’est-à- dire la Cyrénaïque à l’est, le Fezzan au centre et la Tripolitaine à l’ouest. Or, en 1834, cette province est de nouveau en proie à la révolte provoquée par les exigences fiscales d’un pouvoir privé des ressources de la course en mer, faisant face au déclin du monopole commercial et aux abois face à ses créanciers européens. L’agitation est aggravée par les querelles de succession, décidément récurrentes, au sein de la famille Qaramânli. La réaction du gouvernement turc, conscient du péril, fut prompte. En mai 1835, le ministre de la guerre, Néjib Pacha en personne, et Tahar Capoudan-Pacha, amiral de la flotte impériale, débarquent à Tripoli. Manière habile de tester la bonne volonté de l’Etat beylical, ils réclament l’aide du Bardo qui, en juillet, envoie une frégate, une corvette, un brick et des bateaux de transport avec 300 chevaux. Les Qaramânlî, définitivement évincés du pouvoir, la régence de Tripoli retrouve son statut initial de province administrée par un gouverneur nommé par Constantinople.


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