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[EN] : Quel bilan pour les Aigles ?

Deux ans et demi après la CAN 2019 où les Aigles de Carthage se sont inclinés en 1/2 finale face aux Lions de la Téranga, la sélection tunisienne a perdu en finale de la Coupe Arabe samedi au bout des prolongations face à une hargneuse sélection algérienne menée par l’emblématique Madjid Bougherra sur le score de 0-2 au stade d’Al Bayt Al Khor. Entreprenante en finale, la sélection tunisienne a fourni une prestation relativement aboutie, donnant du fil à retordre à l’Algérie et maitrisant relativement les débats. Les hommes de Mondher Kebaier n’ont toutefois pas su tirer profit des nombreuses périodes de temps forts durant ce match pour ouvrir la marque. Le manque de réalisme de la sélection tunisienne a été sévèrement puni par l’ouverture du score de l’entrant et meneur de jeu Amir Sayoud dans les prolongations à la 99′ par une frappe lointaine du pied gauche qui trompa la vigilance du gardien Moez Hassen qui suivait pourtant la trajectoire.

Il convient désormais de retracer à grands traits l’itinéraire des Aigles de Carthage durant ce tournoi et de faire un temps soit peu de la prospective, les échéances prochaines notamment celle de la CAN 2021 nous y enjoignent.

Une liste folklorique ou méritocratique ?

Houleusement critiqué, Mondher Kebaïer n’est, jusqu’à présent, pas parvenu à faire consensus auprès des experts. Il faut dire que la liste qu’a concocté le sélectionneur tunisien pour participer à la Coupe Arabe comporte un certain nombres d’anomalies et dysfonctionnements. L’orientation de la liste initiale avait pour visée de conserver le noyau dur de la sélection A, articulée autour d’éléments incontournables évoluant dans les championnats européens. C’est le cas notamment du milieu offensif Anis Ben Slimane qui s’est vu refuser le droit par son club danois, Brøndby IF de rejoindre le rassemblement des Aigles de Carthage à Doha, mais ce cas reste anecdotique. En effet, la Fédération Tunisienne de Football a fragilisé la position de certains joueurs dans leur club. On peut penser en particulier à Mohammed Dräger qui manque cruellement de temps de jeu, qui a dû se lancer dans un bras de fer avec la direction de son club anglais, Nottingham Forest Football Club, pour rejoindre la sélection au cours de la compétition pour disputer le 3ème match de poules face aux Emirats Arabes Unis. On pourrait objecter au staff technique de l’équipe nationale que cette organisation est tout bonnement folklorique et qu’il aurait éventuellement fallu se simplifier la tâche dans l’élaboration de la liste en n’appelant que des joueurs évoluant dans des championnats arabes et qui soient libérables sans condition. Cette approche ubuesque a, à bien des égards, nuit à l’image et la réputation de l’équipe nationale tunisienne, il va sans dire.

Dans un volet moins administratif et purement technique, la liste qu’a dressé Mondher Kebaier comporte la particularité d’avoir relégué au second plan le vivier local. Effectivement, aucun joueur de champ de l’USMo ne figure dans la liste des joueurs convoqués et ce bien que le club sahélien pratique sans nulle doute le jeu le plus alléchant et attrayant du championnat depuis déjà deux saisons et occupe actuellement la 1ère place de la poule B en LP1. Des éléments à l’instar du décisif et prometteur milieu relayeur, Houssem Tka ou encore le solide et expérimenté axial Mohammed Saghraoui ont été étrangement ignoré par le sélectionneur tunisien. Nous pouvons également déplorer que le staff technique a fait le choix d’emmener à la Coupe Arabe un seul avant centre de formation qui est Seifedinne Jaziri sachant que Mohammed Ali Ben Hammouda, avant centre de l’Avenir Sportif de Soliman, aurait pu jouer le rôle de doublure de poids à ce poste. Enfin, Mondher Kebaier a fait le choix d’emmener avec lui deux meneurs de jeu de formation à l’instar de Saad Bguir et Firas Belarbi alors que les systèmes de jeu privilégiés de la sélection ou expérimentaux diront les plus sceptiques sont un 4-3-3 assez hybride et le 3-4-3 qui n’offrent de toute évidence aucune place à un meneur de jeu. En effet, ces incohérences tactiques se sont reflétées dans le tournoi puisque les pensionnaires de Abha Club et  Al-Fujairah ont été peu utilisé par Mondher Kebaier.

En somme, la liste élaborée par le staff technique de l’équipe nationale a indubitablement négligé le vivier local mais a aussi gravement nuit à l’éthique sportive notamment en matière de communication sur les absences et les blessures.

Une communication évasive

La Fédération Tunisienne de Football s’est illustrée par sa communication évasive et son mutisme tout au long de ce tournoi, rompant avec toute transparence et laissant les supporters de la sélection tunisienne dans le flou le plus total. Le communiqué de la FTF sur blessure d’Aymen Abdennour est aux antipodes des déclarations du joueur du club qatari, Umm Salal Sport Club. L’international tunisien a déclaré sur les ondes d’IFM que le diagnostic du médecin de l’équipe nationale, Souhail Chemli différait sensiblement de son médecin de club et qu’il pouvait être rétabli pour prendre part au tournoi à partir des phases à élimination directe. Il faut savoir que le docteur Souhail Chemli n’est pas à son coup d’essai. Il s’était auparavant d’ailleurs planté dans le diagnostic de la blessure de l’ancien international tunisien et milieu de terrain de l’Etoile Sportive du Sahel, Mohammed Amine Ben Amor lors de la Coupe du Monde 2018. Il serait opportun que le docteur S.Chemli qui occupe des responsabilités importantes au sein de la sélection tunisienne se montre plus transparent et éclaire le public tunisien sur la nature des blessures d’Aymen Abdennour, Yassine Chikhaoui et Ali Maaloul. Une hécatombe qui a privé la sélection de ses forces vives et surtout limité les choix du sélectionneur qui s’est trouvé contraint de ne compter sur les services que d’une quinzaine de joueurs de champs.

Le médecin de l’équipe nationale tunisienne Souhail Chemli / Crédits FTF

Révélations et déceptions du tournoi

S’il y’a bien une note d’espoir dans le bilan de la participation des Aigles de Cartage à la Coupe Arabe elle se trouve dans les performances individuelles d’éléments jusqu’à lors relativement marginaux au sein de l’histoire de la sélection.

Les joueurs suivants ont indéniablement marqué des points auprès du sélectionneur :

  • Bilel Iffa : Sobre et efficace, le défenseur central du Club Africain a tenu la barraque et s’est illustré par la justesse de son positionnement et de ses interventions. Ses performances de hautes volées font de lui un candidat crédible pour être présent à la prochaine CAN 2021 avec la sélection tunisienne.
  • Montassar Talbi : L’international tunisien et joueur du Rubin Kazan a formé avec son partenaire Bilel Iffa une charnière centrale relativement complémentaire et discipliné. Talbi s’est rapidement imposé comme le taulier de la défense faisant aisément oublier l’absence de Yassine Meriah.
  • Ghaylène Chaalali : Le milieu défensif de l’Espérance Sportive de Tunis est devenu au fil des rencontres le véritable métronome du milieu de terrain s’illustrant par son sens du placement et ses interceptions, il s’est paré aussi du rôle de régulateur dictant le tempo et alternant aussi bien jeu long et jeu court malgré quelques erreurs de relances.
  • Seifedinne Jaziri : L’avant centre du Zamalek a commencé cette Coupe Arabe en fanfare avec des buts et des assists. Il s’est quelque peu essoufflé à partir des 1/2 finale mais finit tout de même meilleur buteur du tournoi. L’ancien joueur du Club Africain a cependant rencontré certaines difficultés dans le jeu dos au but notamment face à des adversaires comme l’Egypte et l’Algérie qui lui ont posé problème dans ses remises qui n’étaient pas toujours bien ajustées.
  • Hannibal Mejbri : Le jeune milieu relayeur de l’académie de Manchester United est monté en puissance dans ce tournoi à partir des phases à élimination à directe. Il s’est distingué par la simplicité déconcertante de son jeu mais aussi par son coffre physique volumineux lui ayant permis de récupérer de nombreux ballons notamment en finale contre l’Algérie.

Des leaders décevants

  • Fakhredinne Ben Youssef : Récompensé pour ses bonnes performances en club dans le championnat égyptien, le longiligne attaquant tunisien a déçu les observateurs. Sa timide prestation face à la Syrie risque de le mettre sur le corner pour les prochaines échéances.
  • Mohammed Ali Ben Romdhane : Le prometteur milieu de terrain de l’Espérance Sportive de Tunis, régulièrement appelé en équipe nationale n’a durant ce tournoi jamais réellement pesé sur le jeu de la sélection nationale. C’est manifestement un tournoi à oublier pour le joueur des Sangs et Or. Sa participation à la prochaine CAN demeure indécise avec l’éclosion de Chaalali et les retours de Ben Slimane, Aidouni et Skhiri.
  • Moez Hassen : Le but encaissé en finale de la Coupe Arabe reste assez anecdotique, en effet le pensionnaire du Club Africain préféré à Farouk Ben Moustafa pour occuper les cages n’a pas tellement fait mieux que son prédécesseur. Multipliant les sorties aériennes mal négociées et les mésententes avec ses partenaires faute de communication. Sa présence en tant que numéro 1 au poste de gardien soulève un certain nombres d’interrogations.
  • Youssef Msakni : Physiquement l’emblématique milieu de terrain offensif des Aigles de Carthage a manifestement failli à son rôle de supposé leader leader technique. S’il s’est quelque peu illustré contre des sélections de seconde zone en phase de poule et en 1/4 de finale, il a néanmoins pas existé face une opposition sérieuse comme ce fut le cas face à l’Egypte et l’Algérie.
  • Ferjani Sassi : À l’instar du capitaine de la sélection tunisienne, le joueur d’Al Duhail était sur courant alternatif et a peiné face à l’adversité.

Le dogmatisme tactique et ses limites

Décrié et souvent contesté, le sélectionneur tunisien Mondher Kebaïer, nonobstant les critiques, est parvenu à hisser les Aigles de Carthage en finale de la Coupe Arabe face aux Fennecs. Le sélectionneur tunisien a alterné le bon et le moins bon dans le choix de ses dispositifs tactiques, l’agencement des joueurs dans le match inaugural de groupe face à la Mauritanie était relativement audacieux et fut en somme payant puisque les Aigles se sont imposés sur un score fleuve face aux Mourabitounes. En revanche, nous avons ressenti au fil de ce tournoi que l’ancien technicien cabiste tâtonnait tactiquement, hésitant à reconduire une défense à 3 axiaux et 2 pistons ou reconduire le traditionnel 4-3-3 ou 4-2-2-2. Le manque de stabilité tactique dans l’esprit du sélectionneur a probablement déstabilisé les joueurs dans leurs alignements sur le terrain qui ont dans de nombreuses phases de jeu manquaient de rigueur tactiquement. L’ouverture du score en finale de l’Algérie illustre bien les limites tactiques de cette sélection tunisienne qui même en phase de jeu arrêtée parvient à se défaire déstabiliser.

La lecture du jeu de Mondher Kebaier fut en tout point défaillante, et reflète son obstination à ne pas exploiter les temps forts de la Tunisie en finale face à l’Algérie. Introduire un meneur de jeu en début de seconde période pouvait insuffler un semblant de créativité dans l’animation offensive qui était jusqu’à l’heure stérile et dépendait pour l’essentiel d’exploits individuels du joueur d’Al Ettifaq Football Club, Naïm Sliti.

Anis. Analyste Twitter

Safsaf

Passionné par le football tunisien, mes équipes favorites sont l'Espérance Sportive de Tunis et l'Espérance Sportive de Zarzis. J'ai découvert Tunisie-Foot en 2010, la référence du Football Tunisien depuis 1998 !

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