[Flashback CAN94] : Quand les « Super Eagles » attaquent

À bientôt 10 jours de la Coupe d’Afrique des Nations, nous vous proposons de faire un petit retour en arrière sur quelques éditions qui ont marqué la compétition. Nous commençons aujourd’hui par la CAN 1994.

Premier tour : Les Aigles ne s’envolent pas

Organisée chez elle, la Tunisie revient à la CAN après 12 ans d’absence, en tant que pays hôte en remplacement du Zaïre. Les Tunisiens rêvaient de voir leur équipe disputer la finale et remporter le sacre tant attendu après des années d’échec.

Emportés par l’euphorie des grands matchs livrés contre les Allemands, champions du monde (1-1), puis les redoutables Hollandais (2-2), les Tunisiens entament le tournoi en tant que favoris, avec le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Ils disputent la poule A avec l’équipe inconnue du Mali et la modeste équipe du Zaïre (RD Congo actuellement). Le public pense déjà aux quarts de finale.

Lors du match d’ouverture au Stade El Menzah, devant 45 000 personnes, les choses se sont très vite compliquées pour les Tunisiens. Menés rapidement au bout de la demi-heure de jeu 2-0 par un surprenant Mali où Fernand Coulibaly et Modibo Sidibé font trembler les filets d’un Chokri El Ouaer méconnaissable, sous les regards inquiets de la foule, les Tunisiens non seulement ne reviendront pas dans la rencontre, mais finissent la rencontre à 10 suite à l’expulsion de Taoufik Hichri par le Mauricien Lim Kee Chang.

À l’issue de la rencontre, abattu et fortement critiqué, Youssef Zouaoui, sélectionneur des Aigles de Carthage, démissionne et fut remplacé en urgence par le coach de l’Espérance de Tunis, Faouzi Benzarti, dans un coup psychologique plus que toute autre chose.

Trois jours plus tard, les Zaïrois font le nécessaire en battant le Mali 1-0. Ce dernier malgré la défaite est qualifié indépendamment du sort du dernier match. Les Aigles de Carthage gardent, désormais, leur destin entre leur main puisqu’il suffit de battre le Zaïre par 2 buts d’écart.

Le match décisif arrive, les Tunisiens, avec une équipe remaniée par le nouveau coach, mettent une pression énorme sur le but zaïrois. Après quelques occasions ratées, les Aigles ouvrent logiquement le score sur penalty, obtenu par Skander Souayeh et transformé par Faouzi Rouissi à la 43e minute.

Il a fallu juste 10 minutes après la reprise, pour que les choses se compliquent à nouveau. Imed Mizouri rate sa relance devant Ngoy N’sumbu, entré sur le terrain quelques minutes plutôt, qui ne refuse pas le cadeau, égalise et détruit les espoirs tunisiens qui seront enfin tenus en échec (1-1) et éliminés prématurément, alors que les supporters se voyaient en finale.

La déception était immense, elle permettra par la suite une remise en question qui aboutira à une finale deux ans plus tard. Mais cette CAN n’a pas perdu pour autant son charme et le tournoi nous gratifiait de quelques matchs de très haut niveau.

Quarts de finale : Pas de surprises ou presque !

Hormis la surprise de l’élimination de la Tunisie, les autres poules ont dégagé des résultats attendus et nous sortent 4 quarts de finales de bon niveau, où le Nigeria bat tranquillement le Zaïre (2-0) avec un doublé de Rashidi Yekini qui s’illustre comme l’attaquant le plus redoutable du continent.

Le Mali continue ses performances étonnantes, bat l’Égypte 1-0 et accède aux demi-finales.

Équipe du Mali finissant 4e de la CAN 1994

Du côté de Sousse, on assiste à un premier choc entre le tenant du titre, la Côte d’Ivoire, et le géant ghanéen des Abedi Pelé, Yboah, Lamptey, Akonnor, Baffoe et les autres blacks stars, dans un remake de la finale de la dernière CAN 92.

Très vite entré dans le bain, les Ivoiriens d’Henry Kasperczak dominent clairement le jeu où Tiehi et Abdulay Traoré s’amusent devant avec un soutien permanent du meilleur joueur ivoirien du tournoi Michel Bassolé et surtout d’Alain Serge Maguy, star de l’équipe, évoluant à l’époque à l’Athlético de Madrid.

Les attaques se suivent jusqu’au moment où la défense ghanéenne lâche et commet une faute sur Joel Tiehi. Un penalty que ce dernier envoya vers les nuages du ciel de Sousse. Ceci n’a pas touché la volonté des Ivoiriens qui n’arrêteront pas leur raids sur les cages d’Ansah jusqu’au moment où Joel Tiehi se fait justice et ouvre logiquement le score à la 30e minute. Le score est tenu jusqu’aux dernières minutes du match mais les Ghanéens égalisent d’un missile inarrêtable de 35 mètres du jeune Charles Akonnor à la 77e minute. Les champions en titre ne lâcheront pas l’affaire et reprennent leur domination afin de finir le match avant les prolongations, craignant un Nigeria plus frais, les attendant en demie. L’objectif est obtenu rapidement grâce à un décalage magnifique à droite qui finit par un centre d’Amani, remplaçant de Joel Tiehi, et c’est Abdoulay Traoré qui conclue l’action d’une superbe tête plongeante en redonnant l’avantage aux ivoiriens à la 81e minute.

Les garçons de Kasperczak tiendront leur avantage jusqu’à la fin du match. Les quelques attaques de Pelé et Yboah furent stoppé par un briscard nommé Alain Gouaméné, qui sera ultérieurement nommé le meilleur gardien de but de l’histoire de la CAN. Le poteau, à son tour, a pris sa part dans ce match quand le chef-d’œuvre de Pelé s’écrasa dessus à la toute dernière minute du match.

Les Ivoiriens, très contents, s’envolent pour les demies afin de chercher une revanche à leur élimination des qualifications de la coupe du monde face aux nigérians au Goal Average, qu’à l’époque faisait couler beaucoup d’encre chez eux.

Quarts de finale toujours : Les Zombies de Lusaka.

Le dernier quart de finale opposait le Sénégal à une Zambie en deuil. Considérée juste un chiffre pour compléter le nombre d’équipes de la CAN, suite au drame des « chipolopolo » au large de Libreville. Toute l’équipe nationale zambienne est anéantie au fond de l’océan lors d’un crash d’avion militaire un certain 27 avril 1993. Leurs âmes auraient enfin peut-être trouvé la paix, 19 ans plus tard, quand leurs compatriotes vont décrocher le sacre contre toute attente à Libreville même, dans un sacré coup de destin !

Équipe de Zambie en 1/4 de finale de la CAN 1994

Les deux seuls survivants du drame furent Kalusha Bwalya, la star de l’équipe et joueur du PSV, qui devait les rejoindre directement à Dakar ainsi que Charles Musonda, l’autre star, qui refusait de se déplacer préférant jouer un match de championnat avec l’Anderlecht. Ce dernier va signer 6 mois plus tard sa dernière sélection contre le Maroc en qualifications au Mondial 1994, où il se bat comme un lion, laissant une dent et beaucoup de sang sur la pelouse marocaine. Lésée par le destin, puis par l’arbitre, la Zambie se voie éliminée du mondial et perd définitivement Charles Musonda, qui fait ses adieux à la sélection. Restant en vie, certes, contrairement à ses camarades partis trop tôt, mais sera absent de cette CAN.

Pour revenir à ce dernier quart de finale, la Zambie, poussée par un public tunisien sympathisant, après avoir battu la Côte d’ivoire au premier tour, élimine cette fois-ci le Sénégal de Souleymane Sané, (qui n’est que le père de la star allemande Leroi Sané), ou l’on se souviendra toujours du tir splendide de Sakala de 30 mètres qui envoya les Zambiens en demi-finale.

Demi- Finale & Finale : Les « Super Eagles » confirment !

Le stade mythique d’El Menzah accueilli un des meilleurs spectacles de l’histoire de la CAN. Les Nigérians, fracassant depuis le début du tournoi, se trouvèrent face à une équipe ivoirienne très solide et inspirée. Elle prend même l’avantage, deux fois, par Michel Bassolé. Les « Super Eagles » n’ont jamais tremblé. Benedict Iroha, puis le meilleur buteur Nigérian de tous les temps, Rashidi Yekini, égalisèrent. Ce dernier, isolé en seconde mi-temps, comme il le fût durant ses derniers jours avant de s’enterrer, survole le terrain, touche le poteau deux fois, puis s’envole avec son équipe en finale de la CAN en mettant le tir au but décisif. Le score final est de 2-2 (4-2 aux t.a.b).

Équipe du Nigeria en 1994

Yekini, après avoir qualifié son équipe en Coupe du Monde 94 avec 8 buts, devient la super star de l’équipe, mais aussi la cible de la jalousie de ses coéquipiers. Cette jalousie le suivra jusqu’à ses derniers jours.

Dans l’autre demi-finale les « zombies » surclassent les Maliens 4-0. Kalusha et Malitoli finissent le travail de Litana et Sailetti.

La finale, opposant le Nigeria favori à la Zambie renaissante de ses cendres, sera beaucoup plus serrée que prévu. Toute l’armada offensive des « Super Eagles » est présente. Les Yekini, Amokachi, Amunike et Finidi sont tous sur la pelouse, mais, celui qui va briller est un jeune garçon très peu connu. Agé uniquement de 20 ans, nommé Augustine Okocha, il sera connu plus tard sous Jay-Jay et sera certifié un des plus grands footballeurs du continent. Son grand match provoquera lors de son remplacement dans les dernières minutes de la rencontre, les ovations d’un public tunisien partagé entre l’immense talent des « Super Eagles » et la grinta et le cœur des « chipolopolo », et félicitant les deux équipes qui livrent un match passionnant.

Emmanuel Amunike lors de la finale face à la Zambie en 1994

Litana et Amuniké ont marqué les 3 buts de la rencontre. Le Nigeria l’emporte difficilement 2-1, et ce n’est pas le tir venu d’ailleurs de Kalusha, s’écrasant sur la barre à quelques secondes du coup de sifflet final, qui va changer les choses. Le Nigeria s’illustra comme un des meilleurs vainqueurs de CAN de l’histoire. La Zambie obligea toute la planète à pleurer avec elle lors de la remise des médailles.

Enfin, on ne peut pas parler de cette équipe du Nigeria 94 sans saluer les âmes de 5 joueurs partis tôt de cette équipe mythique.

  • Uche Okafor 1967-2011
  • Rashidi Yekini 1963-2012
  • Tomson Oliha 1968-2013
  • Wilfred Agbonavbare 1966-2015
  • Stephen Keshi 1962-2016

Qu’ils reposent en paix.

Auteur : No3men

A propos Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.

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